Réflexions : Pierre en prison? – 2 – L’Eglise éclipsée

Nous continuons nos réflexions sur Pierre en prison. Qu’il soit entendu que ce sont de simples réflexions.

Canada Fidèle

 

« L’Eglise sera éclipsée, le monde sera dans la consternation » nous a dit Notre-Dame à La Salette.

Notre-Dame, on peut le penser, a bien choisi ses mots en parlant de la «crise affreuse» que traverserait l’Eglise. Or, précisément, elle a employé le mot d’éclipse, de préférence à tout autre.

Qu’est-ce qu’une éclipse ? En astronomie, une éclipse est la disparition apparente et temporaire d’un astre qui est occulté par le passage d’un autre astre entre l’astre éclipsé et l’œil de l’observateur. Par exemple – et c’est l’exemple que nous retiendrons ici pour ces réflexions – lors d’une éclipse du soleil, la lune s’interpose entre le soleil et la terre, laissant la terre dans les ténèbres et faisant chuter soudainement et rapidement la température terrestre.

Remarquons bien que lors d’une éclipse solaire, le soleil ne disparaît qu’en apparence et non pas en réalité. Il est toujours visible, de par sa nature d’être physique lumineux, bien qu’il ne soit pas vu par l’observateur. En réalité, le soleil n’a rien perdu de ses propriétés, mais un corps étranger empêche sa lumière et sa chaleur d’atteindre l’homme qui le regarde, laissant facilement ce dernier, s’il n’est pas averti, dans une grande consternation.

 

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L’Eglise donc sera éclipsée, selon Notre-Dame, c’est-à-dire qu’un corps étranger s’interposera entre l’Eglise et l’œil des catholiques, les laissant, eux et les autres habitants du globe, dans une grande consternation. Mais pour que l’on puisse dire que le mot d’éclipse a été bien choisi par Notre-Dame, il faut semble-t-il deux choses : l’intervention d’un corps étranger qui éclipse l’Eglise et le fait que l’Eglise ne disparaisse qu’en apparence et non pas en réalité.

«Ubi Petrus, ibi Ecclesia, ibi Deus». Là ou est Pierre, là est l’Eglise, là est Dieu, selon la célèbre phrase attribuée à Saint Ambroise. Pouvons-nous penser que cet adage s’applique à la situation présente de l’Eglise ? Pouvons-nous penser qu’en disant que l’«Eglise sera éclipsée», la Vierge Marie a voulu nous avertir que Pierre lui-même serait éclipsé ? Ubi Petrus, ibi Ecclesia… Que Pierre disparaîtrait en apparence et non pas en réalité, éclipsé qu’il serait par une fausse papauté ? La question mérite d’être posée.

S’il en est ainsi, bien des catholiques d’aujourd’hui, appelés par plusieurs «sédéplénistes», devant le mystère d’une «papauté» devenue maîtresse d’erreurs et de blasphèmes, se seraient résolus à considérer la lune qui éclipse comme étant le soleil lui-même, tout en reconnaissant que, momentanément, le soleil a perdu sa chaleur et sa clarté. Entendez que l’Eglise et le pape auraient perdu leur infaillibilité doctrinale et morale. Bien sûr, ils ne diront pas cela d’une façon si claire, mais ce qu’ils disent revient en définitive à nier l’infaillibilité de l’Eglise et du pape.

D’autres catholiques, appelés en général «sédévacantistes», seraient quant à eux plus lucides quant à la nature de l’astre qui éclipse. Ils sauraient que la lune n’est pas le soleil. Cependant, ils parleraient comme si le soleil avait vraiment, momentanément certes, cessé d’exister derrière la lune. Entendez que la succession ininterrompue des successeurs de Pierre aurait été brisée pour un temps. Cela revient à nier d’une façon ou d’une autre la perpétuité de la succession apostolique.

Le problème de ces deux positions contraires est que l’Eglise ne peut pas perdre ses éléments essentiels. La constitution divine de l’Eglise est inaltérable et elle exige que l’Eglise soit toujours infaillible, parfaitement dépourvue d’erreur dans son enseignement doctrinal et moral. Qu’elle soit infaillible et qu’elle le soit toujours et pour toujours.

 

Tertium datur ?

N’y a-t-il donc après tout aucune manière de concilier les différents aspects de la doctrine de l’Eglise ? Ne pouvons-nous pas rester fidèles à ce que l’Eglise nous a dit sur la papauté sans pour autant nous soumettre à une hiérarchie apostate ? La reconnaissance de la légitimité des autorités vaticanes apostates et le sédévacantisme absolu sont-ils donc les deux seules options qui s’offrent à nous ?

Commençons tout d’abord par une vérité que tous les Catholiques admettront sans difficulté : il ne peut y avoir qu’un seul pape. Dieu merci, cela n’est pas encore sujet de disputes parmi les Catholiques. Il est important de rappeler cette vérité, car elle a le mérite de limiter les possibilités qui s’offrent à nous dans cette crise de la papauté.

Bien des traditionalistes, il faut le dire, n’admettent que deux possibilités quand ils regardent la crise présente de la papauté :

  • ou bien les papes de Vatican II sont papes et le siège de Pierre n’est pas vacant ;
  • ou bien ils ne le sont pas et le siège de Pierre est vacant.

 

En réalité, et nous sommes dans l’ordre de la pure réflexion, en pure logique, il existe bien trois possibilités qui sont les suivantes :

  • ou bien les papes de Vatican II sont papes et le siège n’est pas vacant ;
  • ou bien les papes de Vatican II ne sont pas papes et le siège est vacant ;
  • ou bien les papes de Vatican II ne sont pas papes, mais il y a un autre pape et le siège n’est pas vacant.

 

Tertium datur, dans l’ordre logique, il existe une troisième voie. Peut-être n’est-elle pas la bonne, mais elle existe.

 

«Tu es folle »

Oui, tertium datur. Il y a une troisième voie qu’il ne faut pas oublier. Celle d’un pape éclipsé par la volonté divine, de telle sorte que son long exil passe inaperçu aux yeux de tous les hommes. Un Dieu qui mettrait à l’épreuve la foi de ses fidèles d’une manière très semblable à l’épreuve permise pour ses apôtres lors de sa mise au tombeau.

Une possibilité qui fait sourire, qui fait lever les yeux au ciel dès qu’on l’aborde, bref, une option qui est véritablement folie aux yeux des hommes. Serait-elle la sagesse de Dieu ? Comme au chapitre 12 des Actes des Apôtres, Pierre viendra-t-il un jour frapper à la porte de l’Eglise après avoir été libéré miraculeusement par Dieu ? La servante Rhodé s’entendra-t-elle dire de nouveau : «Tu es folle», «C’est son ange»?

Aussi incroyable qu’elle paraisse, cette troisième voie ne devrait pas être exclue d’un revers de main simplement parce qu’elle requiert l’intervention divine.

La crise que nous traversons n’est pas une crise comme les autres. Il est facile de penser qu’il s’agit de la crise de la fin, que c’est la dernière, qu’il n’y en aura point d’autre. Ceci parce que son ampleur dépasse tout ce que nous avons vu dans l’histoire et surtout parce qu’il n’est pas possible d’en imaginer de plus grande. Qu’y a-t-il en effet de plus trompeur que de voir ceux qui prétendent être les successeurs de Pierre et des Apôtres de Jésus-Christ nous enseigner tous ensemble un autre Evangile que celui de Jésus-Christ ? Non, vraiment, rien ne peut être plus trompeur, rien d’autre ne peut être plus susceptible de tromper «s’il était possible, les élus eux-mêmes.» Matt. 24:24 Dans un tel contexte, pourquoi exclure d’emblée le surnaturel et le divin ? Pourquoi vouloir que tout soit uniquement raisonnable et humain ?

Il est un apôtre qui a exclu le surnaturel et le divin. Il s’appelle Thomas. «Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, les disciples étant encore dans le même lieu, et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et se tenant au milieu d’eux, il leur dit : « La paix soit avec vous! » Puis il dit à Thomas : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur, et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.» Jean 20 :25-29

 

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Que François soit un pape, il devient de plus en plus difficile pour les Catholiques de l’affirmer avec certitude, et les tenants de cette position n’ont plus guère que l’agressivité pour défendre leur « pontife » hérétique. Qu’il n’y ait pas de pape, c’est toute autre chose, et nous en avons bien moins d’assurance.

Certains crieront d’emblée que d’admettre la possibilité qu’il existe un pape caché, exilé momentanément, souffrant avec l’Eglise et pour l’Eglise, c’est se précipiter dans un monde imaginaire, chez Alice au Pays des Merveilles. Nous n’en sommes pas si sûrs. En effet, comme nous l’avons abordé jusqu’ici, ce qui nous amène à contempler l’hypothèse d’un pape exilé, caché, attendant l’heure de Dieu pour restaurer l’Eglise, ce n’est pas tant la volonté de nous consoler au milieu d’une situation si catastrophique pour l’Eglise ou bien la poursuite effrénée de révélations privées, que la théologie et le magistère mêmes de l’Eglise : ce que nous ont dit les papes du passé sur la papauté, à savoir qu’elle serait infaillible dans son enseignement doctrinal et moral et qu’elle durerait toujours sans interruption.

A suivre.

 

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Reflexions : Peter in chains? – 2 – The Eclipse of the Church

 

We continue our reflections on Peter in chains. Let it be understood that these are mere reflections.

Canada Fidèle

 

« The Church will be eclipsed, the world will be in consternation, » said Our Lady at La Salette.

Our Lady, it may be thought, chose her words very carefully in speaking of the « terrible crisis » that the Church would go through. But precisely, she used the word eclipse, in preference to any other.

What is an eclipse? In astronomy, an eclipse is the apparent and temporary disappearance of a celestial body which is obscured by the passage of another celestial body between the eclipsed body and the eye of the observer. For example – and this is the example we will take here for these reflections – during an eclipse of the sun, the moon interposes between the sun and the earth, leaving the earth in darkness and causing a sudden and rapid fall the earth’s temperature.

It should be noted that during a solar eclipse, the sun disappears only in appearance and not in reality. It is still visible, by its nature of luminous physical being, although it is not seen by the observer. In reality, the sun has lost none of its properties, but a foreign body prevents its light and its heat from reaching the man who looks at it, easily leaving man, if he is not warned, in a great consternation.

 

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The Church, therefore, will be eclipsed, according to Our Lady, that is to say, a foreign body will intervene between the Church and the eyes of the Catholics, leaving them and the other inhabitants of the globe in a great consternation. But, to be able to say that the word eclipse was properly chosen by Our Lady, it seems that two different things are needed : the intervention of a foreign body that eclipses the Church and the fact that the Church disappears only in appearance and not in reality.

« Ubi Petrus, ibi Ecclesia, ibi Deus ». Where is Peter, there is the Church, there is God, according to the famous phrase attributed to St. Ambrose. Can we think that this adage applies to the present situation of the Church? Can we think that by saying that the « Church will be in eclipse », the Virgin Mary wanted to warn us that Peter himself would be eclipsed? Ubi Petrus, ibi Ecclesia … That Peter would disappear in appearance and not in reality, eclipsed that he would be by a false papacy? The question can be asked…

If it is so, many Catholics today, called by several « sedeplenists », facing the mystery of a « papacy » that is promoting daily errors and blasphemies, would have resolved to consider the moon that eclipses the sun as being the sun itself, while recognizing that, momentarily, the sun has lost its warmth and clarity. That is to say that the Church and the Pope have lost their doctrinal and moral infallibility. Of course, they will not say that so clearly, but what they say ultimately amounts to denying the infallibility of the Church and the pope.

Other Catholics, generally called « sedevacantists », would be more lucid about the nature of the celestial body that eclipses the sun. They would know that the moon is not the sun. However, they would speak as if the sun had really, momentarily, ceased to exist behind the moon. That is to say that the unbroken succession of Peter’s successors would have been broken for a time. This amounts to denying in one way or another the perpetuity of the apostolic succession.

The problem with these two contrary positions is that the Church cannot lose its essential elements. The divine constitution of the Church is unalterable and it demands that the Church be always infallible, perfectly free from error in her doctrinal and moral teaching. That it be infallible and that it be so always and forever.

 

Tertium datur?

Is there not , after all, a way of reconciling the different aspects of the Church’s doctrine? Can we not remain faithful to what the Church has told us about the papacy without submitting to an apostate hierarchy? Are recognition of the legitimacy of the apostate Vatican authorities and absolute sedevacantism the only two options available to us?

Let us begin first with a truth that all Catholics will readily admit: there can be only one pope. Thank God, this is not yet a subject of contention among Catholics. It is important to remember this truth because it has the merit of limiting the possibilities opened to us in this crisis of the papacy to only a few ones.

Many traditionalists, it must be said, admit only two possibilities when they look at the present crisis of the papacy:

  • either the popes of Vatican II are popes and the see of Peter is not vacant;
  • or the popes of Vatican II are not popes, and the see of Peter is vacant.

 

In reality, and we are in the order of pure reflection, pure logics, there are three possibilities that are:

  • either the popes of Vatican II are popes and the seat is not vacant;
  • or the popes of Vatican II are not popes and the seat is vacant;
  • or the popes of Vatican II are not popes, but there is another pope and the seat is not vacant.

Tertium datur, in the order of pure logics, there is a third way. Maybe it is not the right one, but it exists.

 

« Thou art mad »

Yes, tertium datur. There is a third way that must not be forgotten. That of a pope eclipsed by divine will, so that his long exile goes unnoticed in the eyes of all men. A Lord who would test the faith of his Faithful in a manner very similar to the test permitted for His apostles when He was himself buried.

A possibility that makes you smile, which makes you raise your eyes to the sky as soon as you approach it, in short, an option that is truly madness in the eyes of men. Would it be the wisdom of God?

As in chapter 12 of the Acts of the Apostles, will Peter one day knock on the door of the Church after being miraculously freed by God? Will the servant Rhode announcing his return hear again: « Thou art mad », « It is his angel »?

As incredible as it may seem, this third way should not be ruled out simply because it requires divine intervention.

The crisis we are going through is not a crisis like the others. It is easy to think that it is the crisis of the end, that it is the last, that there will be no other. This is because its magnitude exceeds all that we have seen in history and especially because it is not possible to imagine a deeper one. What is more deceptive indeed than to see those who claim to be the successors of Peter and of the Apostles of Jesus Christ teach us all together another gospel than that of Jesus Christ? No, really, nothing can be more deceptive, nothing else can be more likely to deceive « if it were possible, the elected ones themselves. » Matt. 24:24 In such a context, why exclude immediately the supernatural and the divine? Why want everything to be only reasonable and human?

There is an apostle who has excluded the supernatural and the divine. His name is Thomas. « If I do not see in his hands the mark of the nails, and if I put not my finger in the place of the nails, and my hand in his side, I will not believe. Eight days later, the disciples being still in the same place, and Thomas with them, Jesus came, the doors being shut, and standing among them, he said to them: « Peace be with you! » Then he said to Thomas, « Put your finger here, and look at my hands, and bring your hand too, and put it in my side, and do not be incredulous, but believing. » Thomas answered him, « My Lord, and my God! » Jesus said to him, « Because you have seen me, you have believed, happy are those who have not seen and believed. » John 20: 25-29

 

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That Francis be a true pope, it becomes increasingly difficult for Catholics to affirm it with certainty, and the proponents of this position have little more than aggressivity to defend their heretic « pontiff ». That there be no pope at all is something else, and we have much less confidence in saying it.

Some will shout forth from the outset that to admit the possibility that there is a hidden pope, momentarily exiled, suffering with the Church and for the Church, is rushing into an imaginary world, at Alice in Wonderland. We are not so sure. Indeed, as we have discussed so far, what leads us to contemplate the hypothesis of an exiled, hidden pope, waiting for God’s time to restore the Church, is not so much the will to console ourselves in the midst of a situation so catastrophic for the Church or the unbridled pursuit of private revelations, than the very theology and the magisterium of the Church: what the popes of the past told us about the papacy, that is to say that the the Pope would always be infallible in his doctrinal and moral teaching and that the line of the successors of Peter would always last without interruption.

To be continued.