Pour que ceux qui le désirent ne soient pas trompés – Réponse à l’éditorial du Carillon no 22.

En ce 21 novembre 2018, anniversaire de la Déclaration du 21 novembre 1974 de Mgr Lefebvre, nous aimerions offrir quelques commentaires sur le dernier Editorial du Carillon.

Canada Fidèle

 

Le Carillon no 22 vient de paraître, alleluia!

Oui, enfin, cet alleluia est mitigé, car son Editorial nous laisse perplexes, disons-le.

Si nous n’avons rien à redire à la première partie de ce texte, car elle est une dissertation sur la naissance et l’esprit des sectes tout-à-fait raisonnable, la conclusion de l’abbé Couture est plus que surprenante. Il faut même avouer qu’il est difficile de penser qu’elle n’est pas volontairement trompeuse. Laissons ce jugement à Dieu…

 

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Pour le lecteur non averti, la conclusion de l’abbé Couture semble s’imposer : soumettons-nous à l’Eglise Conciliaire sous peine de devenir une secte.

Comment concilier ces paroles avec le fameux Itinéraire Spirituel écrit en 1990 peu de temps avant sa mort, dont Mgr Lefebvre disait que c’était son testament spirituel :

« La volonté de Vatican II de vouloir intégrer dans l’Église les non-catholiques tels qu’ils sont, est une volonté adultère et scandaleuse. Le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens par des concessions mutuelles — le dialogue — aboutit à la destruction de la foi catholique, la destruction du sacerdoce catholique, l’élimination du pouvoir de Pierre et des évêques, l’esprit missionnaire des apôtres, des martyrs, des saints, est éliminé; tant que ce Secrétariat gardera le faux œcuménisme comme orientation et que les autorités romaines et ecclésiastiques l’approuveront, on peut affirmer qu’elles demeureront en rupture ouverte et officielle avec tout le passé de l’Église et avec son Magistère officiel. C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire, tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du Magistère de l’Église et de la foi catholique. » (Itinéraire spirituel, La vie divine, p. 29)

Voyons de plus près l’éditorial du Carillon no 22, pour que ceux qui le désirent ne soient pas trompés.

 

Un grave problème de conscience pour les Catholiques

Voici la conclusion de l’abbé Couture dans son éditorial :

D’où l’importance de connaître son catéchisme qui nous enseigne que « L’Eglise est la société de tous ceux qui professent la foi de Jésus-Christ, qui participent aux mêmes sacrements, et qui sont gouvernés par leurs pasteurs légitimes sous un seul chef visible ». (Petit Catéchisme du Québec)

 Trois éléments constituent ensemble l’appartenance à l’Église : la foi, les sacrements et le gouvernement. En éliminer un fait tomber soit dans l’hérésie, soit dans le schisme. Il nous faut absolument les trois.

Bien. Jusque-là pas de problèmes. Les Canadiens-français sont rassurés : on leur a cité le Petit Catéchisme du Québec, rien à redire.

Mais c’est la suite qui devient vraiment problématique :

Une tendance sectaire qui se rencontre aujourd’hui est de garder la foi et les sacrements, et de dire que le gouvernement actuel de l’Église est si mauvais qu’il n’est plus nécessaire, ou qu’il n’existe plus. Cela se trouve même chez certains qui promeuvent la messe traditionnelle. C’est le même esprit que celui de Luther qui pourrait s’exprimer en une nouvelle formule, la Sola Missa. Ce qui signifie que pourvu qu’on garde la foi et la messe traditionnelle, on sera sauvé. C’est faux. Il manque le lien avec l’Église. Un signe de cette tendance sectaire est clairement l’esprit d’indépendance.

 Monseigneur Lefebvre avait bien compris cela, lui, qui ne voulait ni être hérétique, ni schismatique. (Fin de citation)

Voilà! Point final! Rien d’autre! Rentrez dans les rangs, ok, vous les désobéissants et les schismatiques!

Qu’on nous comprenne bien : nous ne nions pas du tout les paroles du catéchisme et la nécessité des trois éléments qu’il nous donne pour faire partie de la véritable Eglise. Ce que nous nions, c’est que le fait de se soumettre à François soit nécessaire ou même légitime pour appartenir à la véritable Eglise. Au contraire, nous croyons que la soumission à François soit ce qui fait tomber aujourd’hui les Catholiques dans l’hérésie et le schisme.

Qu’on rappelle la doctrine catholique est tout-à-fait bien. Là n’est pas le problème. Mais parler de cette appartenance à l’Eglise sans mentionner le grave problème qui se pose aujourd’hui à la conscience des catholiques est tout-à-fait dangereux et inapproprié. Si on rappelle aujourd’hui le devoir de soumission à l’Eglise, il faut par ailleurs absolument mentionner le fait que l’Eglise Conciliaire (l’Eglise qui a fait et qui promeut Vatican II) est en réalité une fausse Eglise à laquelle il ne faut pas se soumettre si l’on veut demeurer catholique. L’abbé Couture ne peut pas ne pas savoir cela!

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François appartient-il à l’Eglise?

Tout d’abord, il faut dire que les trois éléments que nous donne le catéchisme comme condition d’appartenance à la Véritable Eglise s’appliquent à tous les chrétiens, à n’en pas douter. Commençons donc par celui qui est censé être en ce moment le membre le plus éminent de l’Eglise de Jésus-Christ, François. Les mêmes réflexions s’appliquent évidemment aux prédécesseurs de malheureuse mémoire de François.

François, pour être un membre de l’Eglise Catholique doit « professer la Foi de Jésus-Christ, participer aux mêmes sacrements » que ceux qui sont en usage dans l’Eglise. Quant au troisième point, étant apparemment la tête visible de l’Eglise, il n’a pas à être gouverné par les pasteurs légitime sous un seul chef visible, mais il a au contraire à gouverner au nom de Jésus-Christ. Bien.

François professe-t-il la Foi de Jésus-Christ? Nous ne parlons pas de ses dispositions intérieures que seul Dieu connaît. Nous parlons de la profession extérieure de la Foi, que tous peuvent juger et c’est la question que nous posons à l’abbé Couture : François professe-t-il la Foi de Jésus-Christ?

Que François ne professe pas la Foi catholique est devenu quelque chose de si connu dans la Chrétienté, qu’il nous semble inutile de l’établir par de longs traités. Contentons-nous de quelques citations. Ceux qui désirent approfondir le sujet pourront se rapporter au livre Trois ans avec François, L’imposture bergoglienne par Miles Christi et diffusé par les Editions Saint Rémi.

Pour ceux qui en doutent encore, écoutons François professer la Foi Catholique :

« Je désire me tourner en pensée vers les chers immigrés musulmans qui commencent, ce soir, le jeune du Ramadan, avec le vœu d’abondants fruits spirituels. » (8 juillet 2013)

« Les plus grands maux qui affligent le monde sont le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont laissées les personnes âgées. » (24 septembre 2013)

« Je crois en Dieu. Pas dans un Dieu catholique, car il n’existe pas de Dieu catholique. » (1er octobre 2013)

« Il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’Islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux. » (24 novembre 2013)

« Partager notre expérience en portant la croix pour arracher de nos cœurs la maladie qui empoisonne nos vies : il est important que vous fassiez cela lors de vos réunions. Ceux qui sont chrétiens, avec la Bible ; ceux qui sont musulmans, avec le Coran. La foi que vos parents vous ont inculquée vous aidera toujours à avancer. » (19 janvier 2014)

« Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues.» (24 janvier 2014)

Arrêtons-nous là pour ne pas écoeurer outre mesure nos lecteurs qui, eux, nous l’espérons, professent la Foi Catholique.

Quant au deuxième élément, qui ne sait que François célèbre tous les jours ce que Mgr Lefebvre appelait à juste titre « la messe de Luther », qu’il est l’héritier de ceux qui ont détruit la foi, la messe, les sacrements, et tous les autres trésors de l’Eglise?

Comment ne pas croire que se réalise sous nos yeux la prophétie de Léon XIII dans son Exorcisme contre Satan et les anges apostats ?

« L’Eglise, épouse de l’Agneau Immaculé, la voici saturée d’amertume et abreuvée de poison, par des ennemis très rusés ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu’elle désire de plus sacré. Là où fut institué le siège du bienheureux Pierre, et la chaire de la Vérité, là ils ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété ; en sorte que le pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé. O saint Michel, chef invincible, rendez-vous donc présent au peuple de Dieu qui est aux prises avec l’esprit d’iniquité, donnez-lui la victoire et faites-le triompher. »

Si donc M. l’abbé Couture nous prêche avec raison dans son éditorial qu’il faut professer la Foi Catholique pour faire partie de l’Eglise, nous lui posons la question : vous voulez donc remettre en cause l’appartenance de François à l’Eglise catholique en disant qu’il faut avoir la Foi Catholique pour faire partie de l’Eglise?

 

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Se soumettre à des infidèles?

La question suivante que nous nous posons à la lecture de cet éditorial, c’est la question de savoir depuis quand la soumission à des personnes qui sont adultères dans leur Foi est-elle devenue une condition pour appartenir à l’Eglise? Ne serait-ce pas pour ça que le catéchisme prend la peine d’insérer le petit mot « légitime » après le mot «pasteur»? Un pasteur qui ne professe pas la Foi Catholique est-il un pasteur légitime?

Il serait par ailleurs intéressant que l’éditorial du Carillon nous explique pourquoi, en 2018, nous nous inquiéterions d’être soumis à l’Eglise de François pour faire partie de l’Eglise Catholique. Voilà en effet quarante-six ans (depuis la Déclaration du 21 novembre 1974) que nous « refusons la Rome de tendance néo-moderniste et néo-libérale telle qu’elle s’est manifestée dans le Concile Vatican II. » Cette Eglise Conciliaire que nous refusions était-elle une simple idée séparée, sans réalité concrète?

Qui n’a pas remarqué par ailleurs que lors de la Déclaration finale du Chapitre de 2018, les supérieurs, bien que disant qu’ils adhéraient à toute la Déclaration du 21 novembre 1974, se sont bien gardés de citer quoi que ce soit qui pourrait nous rappeler qu’une Fausse Eglise règne en ce moment à Rome, comme par exemple : « Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »

Autre petit rappel : Lettre ouverte des supérieurs de la Fsspx au Cardinal Gantin (1988), dont l’abbé Couture était un signataire :

« En revanche, nous n’avons jamais voulu appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d’Église Conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missæ, l’œcuménisme indifférentiste et la laïcisation de toute la Société. Oui, nous n’avons aucune part, nullam partem habemus, avec le panthéon des religions d’Assise ; notre propre excommunication par un décret de votre Éminence ou d’un autre dicastère n’en serait que la preuve irréfutable. Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles. Nous croyons au seul Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, et nous serons toujours fidèles à Son unique Épouse, l’Église Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine.

Être donc associés publiquement à la sanction qui frappe les six évêques catholiques, défenseurs de la foi dans son intégrité et son intégralité, serait pour nous une marque d’honneur et un signe d’orthodoxie devant les fidèles.Ceux-ci ont en effet, un droit strict à savoir que les prêtres auxquels ils s’adressent ne sont pas de la communion d’une contrefaçon d’Église, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste. »

Ah! quand le sel s’affadit, il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds! Le bon Maître  ne pouvait pas si bien dire!

Tout d’un coup, en 2012, on s’est rendu compte à Menzingen qu’on a oublié depuis 1974 le troisième élément nécessaire à l’appartenance à l’Eglise! Ne craignez rien, nous sommes en train de redresser la barque!

 

Conclusion

On pourrait approfondir encore le sujet, mais ça a peu d’intérêt. Nous voudrions seulement terminer en proposant au Carillon une modification de mise en page, puisque nous en sommes des lecteurs assidus. Peut-être pourrait-on publier cela dans une nouvelle rubrique intitulée Courrier des Lecteurs?

En effet, nous ne pouvons pas croire que l’abbé Couture ait voulu dire qu’il soit nécessaire de se soumettre à l’Eglise Conciliaire pour être des catholiques. Après avoir signé la Lettre ouverte au Cardinal Gantin de 1988, ce n’est pas possible qu’on puisse penser ainsi.

Il n’y a donc qu’une explication possible : une page dans le Carillon n’est pas assez pour l’Editorial. Il faudrait passer à deux pages pour avoir la place nécessaire pour faire les distinctions qui s’imposent absolument aujourd’hui quand on rappelle certaines vérités de la Foi qui concernent l’Eglise.

Nous espérons sincèrement que ce changement de mise en page puisse contribuer à plus de clarté dans le futur.

 

3 réflexions sur “Pour que ceux qui le désirent ne soient pas trompés – Réponse à l’éditorial du Carillon no 22.

  1. Cela brise le cœur de voir la fraternité sacerdotale que nous avons tant aimée et qui nous a tellement apporté glisser irrémédiablement vers le schisme et l’apostasie. « Il n’aime pas la vérité celui qui ne combat pas l’erreur » ( st Ambroise ). Or, depuis peu ou prou le funeste pèlerinage du Jubilé à Rome. la FSSPX a cessé, graduellement d’abord, puis presque complètement, de combattre les erreurs des apostats qui occupent le Vatican. Pire, une sorte de révisionnisme inversé vient censurer les morceaux d’anthologie de la résistance passée aux « autorités judéo-modernistes », comme pour la déclaration de 1974 défigurée qui fit suite au chapitre de 2018. Ainsi l’imposait la nouvelle ligne de Menzingen et des faillis qui y sévissent. Et le poison se répand de plus en plus à tous les niveaux de la hiérarchie.
    Il est déplorable que le catholiques ne se forment pas plus qu’ils ne le font en matière de doctrine, car ils éviteraient ainsi les pièges cousus de fil blanc. L’abbé Couture ne peut pas ignorer que le passage du catéchisme sur la hiérarchie ne s’applique qu’à l’Église en ordre. En effet, en temps de crise, et qui plus est en temps de crise causée par la défaillance sans précédant de l’Église enseignante, il est clair que les règles habituelles de l’obéissance due aux supérieurs deviennent caduques. Eh ! Quoi ? Eut-on voulu que les catholiques obéissent aux évêques ariens, luthériens, anglicans, vieux catholiques quand leurs hérésies vinrent déchirer la robe sans couture ( sans mauvais jeu de mots )? Leur serait-il venu à l’esprit d’aller quêter chez ces déviants un brevet de catholicisme ? Poser la question c’est y répondre. Pourquoi devrions-nous agir différemment aujourd’hui avec une hérésie infiniment plus insidieuse ?

    En terminant, comme nous savons l’abbé Couture être grand lecteur de l’Écriture sainte, qu’il nous soit permis de terminer par les conseils de l’apôtre st -Jean sur la façon de composer avec les hérétiques, et à fortiori avec les apostats, comme Bergoglio et sa clique : « Quiconque va plus avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine a le Père et aussi le Fils. Si quelqu’un vient à vous qui ait une doctrine différente, ne le recevez pas chez vous et ne le saluer même pas. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises ( II Jo 9-11 ). »
    Or, l’apostat Bergoglio a une doctrine différente pour quiconque ne cache pas délibérément sa tête dans le sable pour ne pas voir. Il faut donc n’avoir rien à faire avec lui et sa fausse religion, sa fausse Église, sa Contre-Église, ne pas les recevoir chez nous, ne pas même les saluer, à fortiori négocier un ralliement à leur secte, afin de n’avoir aucune part à leurs œuvres mauvaises.

    Il est affligeant d’assister au naufrage de la FSSPX. Elle s’enfonce de plus en plus dans les eaux glauques du ralliement à l’apostasie, « autorités » en tête. Prions pour que Dieu fasse que le maximum parvienne à rester à la surface, ne serait-ce qu’à titre de débris éparses.

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  2. DES GOUVERNEMENTS EN EXIL AUX ÉPAVES À LA DÉRIVE

    Cher rédacteur,

    C’est avec attention que j’ai lu votre article dans le Canada Fidèle qui commentait l’éditorial de l’abbé Couture dans le Carillon No.22. Permettez-moi de réagir à votre commentaire.

    Je me restreindrai à l’aspect gouvernance sur un plan surtout objectif. L’Église de Jésus Christ n’est pas que spirituel. Elle possède également une partie temporelle visible sous la forme d’un état souverain, avec ses constitutions et ses lois. Ce gouvernement pontificale est même abordé dans le droit international (1) qui définit et établit les règles régissant les relations entre états souverains quel que soit la situation ou le statut de ceux-ci.

    Par exemple, pour ceux qui perçoivent le Pape François comme un usurpateur illégitime du pouvoir, le droit international reconnaît, sous certaines conditions, des droits dérivant de l’occupation(2) :

    « Les actes de l’usurpateur ont incontestablement, par rapport aux nouveau sujets soumis de fait à son autorité, la même force que ceux d’un souverain légitime. Car l’état a besoin d’un pouvoir souverain, et le possesseur de celui-ci, quel qu’en soit le titre, peut seul l’exercer d’une manière efficace. »(3)

    Ceci exclut tout soi-disant « gouvernement en exil » en raison de l’incapacité de ce dernier à prendre action d’une façon efficace. C’est sans équivoque! Au risque de perturber le repos éternel du général De Gaulle et de faire retourner dans leurs tombes tous les membres de son « gouvernement en exil », la notion de gouvernance des états repose sur des fondements précis et n’épouse pas une forme variable et « évolutive » à la façon moderniste…

    Cette mise au point sur le droit étant faite, si vous lisez attentivement la déclaration de Mgr Lefebvre du 18 mai 1975 : « Jamais il n’a été dans mon intention ni dans celle de mes collaborateurs, de rompre en quoi que ce soit l’unité avec l’Eglise catholique et avec son chef légitime, le pape Paul VI… », vous constaterai que, non seulement le prélat reconnaît la légitimité du chef, mais il demeure unit au pouvoir souverain. Malgré les différents qui menacent leurs relations, Mgr Lefebvre ne souscrit qu’à une seule et même autorité(4).

    Et lorsque vous évoquez l’Itinéraire Spirituel de Mgr Lefebvre, vous oubliez que les positions qu’il défendait n’étaient pas nouvelles; il les a professées depuis la toute fin du Concile Vatican II. Et pourtant, il a vu des scandales, subit des persécutions allant même jusqu’à l’excommunication. Et pourtant, à ma connaissance, il n’a jamais défailli par rapport à l’autorité Romaine et à son attachement à la papauté(5). Ne l’oublions pas. Alors considérer son testament comme un nouveau « Refus global »(6) du Saint Siège, faisant de notre prélat un nouvel Émile Borduas des années 90 s’avère une absurdité sans nom.

    Or, puisque, selon plusieurs, il n’y aurait plus de gouvernement à Rome et comme la nature a horreur du vide, vient forcément la tentation de former son propre « gouvernement en exil ». Conséquence, chacun de ces pseudo souverains prétend être le pape l’un pour l’autre; attitude sectaire s’il en est une.

    Que ce soit sur internet ou ailleurs; chaque jour voit un nouveau « pontife » se jeter dans la mêlée et réinterpréter les dogmes de la Sainte Église au point d’expédier tous les autres « tradis » en enfer. Toujours de plus en plus sectaire… Et comme si ce n’était pas assez, ceux qui défendent la tradition doivent composer avec cette déchirure qui a fait dire à Notre Seigneur : « Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté et la maison tombera sur la maison… » (Luc 11:17-18). Je n’invente pas; je ne fais que constater. Toujours selon le Christ, Satan, lui-même, n’aurait pas les moyens de s’offrir pareil luxe! (idem)

    Gardons à l’esprit que le monde catholique vit une crise qui devra tôt ou tard se terminer je ne sais comment. Puisqu’un gouvernement est nécessaire pour assurer la continuité de l’Église, même si ses dirigeants n’apparaissent pas adéquats, il ne faut pas rompre les liens mais plutôt faire l’effort de se garder un « pied dans la porte ».

    En ce qui concerne la soi-disant soumission à l’Église Conciliaire que vous reprochez à l’abbé Couture : ça ne tient pas la route. Depuis que je fréquente les chapelles de la Fraternité, je n’ai jamais vu célébrer la messe nouvelle, j’ai toujours été exhorté à ne pas participer activement à la liturgie conciliaire sous peine de faute au premier commandement et nous n’invoquons jamais, dans nos prières, les trois derniers « Saints » Papes. A ma connaissance, aucun accord officiel ou final n’a été conclu entre Rome et la Fraternité. Tout au plus, n’a-t-on eu que des déclarations d’intention ce qui, sans action concrète, n’a guère plus de valeur qu’une promesse électorale. Finalement, rien qui, actuellement, ne nous mène vers la tragédie.

    Un pilote de bateau ne sautera pas par dessus bord au motif que le capitaine soit ivre. Il est tout à fait concevable que la Fraternité Saint Pie X ne veuille pas abandonner le navire. Qu’importe l’état et les comportements du capitaine, elle demeure résolue à conduire le bâtiment à bon port, comme il le lui a été assigné avant de larguer les amarres(7). Quant à ceux qui se convainquent qu’ils arriveront à destination en s’accrochant à des canaux de sauvetage errant, tels des épaves à la dérive, ceux-là je les plains.

    (1) Le droit International de l’Europe, Livre premier, #40, I-IV.
    « La dignité papale est élective; l’élection, depuis le moyen âge, s’opère « iure humano » par le collège des cardinaux d’après les constituions de plusieurs Papes … »

    (2) Le droit International de l’Europe, Livre deuxième, #185 et note 2.

    (3) Idem.

    (4) Tout en demeurant fidèle à sa déclaration du 21 novembre 1974.

    (5) Idem.

    (6) Le Refus global est un manifeste publié en 1948 à Montréal par les Automatistes avec en tête le peintre Émile Borduas.

    (7) Par «avant de larguer les amarres » je réfère à la période préconciliaire.

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    • Bonjour M. Lagacé,

      merci de votre commentaire. Permettez-moi d’y répondre en toute charité.

      Il me semble que vos références au droit international et aux pouvoirs de l’usurpateur devant ce même droit international sont en réalité hors sujet. Personne ne nie le fait que François ait le pouvoir de changer la couleur de l’habit des gardes suisses ou de modifier les horaires des audiences pontificales. Oui, il est l’occupant de l’Etat du Vatican et y exerce un pouvoir incontesté. Personne d’entre nous n’est affecté par cela dans le sens que nous ne sommes pas des habitants de l’Etat du Vatican. Même si les pouvoirs de chef de l’Eglise Catholique et de Souverain de l’Etat du Vatican sont normalement entre les mains d’une seule et même personne, il n’en reste pas moins vrai que ce sont deux fonctions différentes, l’une étant liée à la signature des Accords du Latran en 1929, et l’autre datant du mandat du Christ 1900 ans plus tôt, disant à Pierre : « Pais mes brebis. » Aucun traditionaliste ne prétend que François n’est pas le Souverain du Vatican aux yeux du droit international.

      Le problème se pose plutôt au niveau de l’autorité spirituelle qu’exercent les papes conciliaires sur les Catholiques. Vous mentionnez le fait par exemple que la FSSPX refuse toujours pour l’instant la Nouvelle Messe, les canonisations conciliaires, etc. Bien. Cela n’est pas légitime si nous reconnaissons l’autorité du Pontife Romain. Qu’il soit nécessaire d’être soumis au Pontife Romain pour faire son salut éternel, cela fut défini par le pape Boniface VIII dans la bulle Unam sanctam, le 18 nov. 1302 : « La foi nous oblige instamment à croire et à tenir une seule sainte Église catholique et en même temps apostolique, et nous la croyons fermement et la confessons simplement, elle hors de laquelle il n’y a pas de salut ni de rémission des péchés… En conséquence nous déclarons, disons et définissons qu’il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d’être soumise au pontife romain. »
      Dire donc que nous reconnaissons quelqu’un (François par exemple) comme étant le Pontife romain et lui désobéir dans ses enseignements magistériels concernant la foi, les moeurs, la liturgie, les canonisations, etc., c’est donc refuser de se soumettre à celui que nous reconnaissons comme étant le Pontife romain et préférer son propre jugement à celui du Magistère de l’Église.
      Quant à nous, nous préférons reconnaître au minimum des doutes positifs très sérieux quant à la légitimité de quelqu’un qui ne professe pas la foi catholique. Ayant des raisons sérieuses de douter que François et consorts nous parlent au nom du Christ, nous resterons loin d’eux et refuserons leur autorité tant et aussi longtemps qu’ils ne professent pas la foi catholique.

      Quant à Mgr Lefebvre, il me semble qu’il serait illusoire de penser que son attitude a toujours été la même par rapport à la Rome apostate. Il a en effet tout fait pour chercher un accord avec Rome jusqu’en 1988. Certains essaient de nous présenter les sacres de 1988 comme étant en droite ligne avec les négociations qu’il a menées avec Rome dans les années 1980. En réalité, il semble plus juste de considérer que le Protocole d’Accord qu’il a signé le 5 mai 1988, qu’il a ensuite révoqué le 6 mai 1988 était dans la ligne de ces discussions diplomatiques. S’étant rétracté, ayant reconnu avoir fait une erreur, il a ensuite décidé de procéder aux sacres sans mandat romain. Il me semble donc que les sacres du 30 juin 1988 sont l’acte de Mgr Lefebvre qui redresse la barre du navire après avoir longtemps hésité sur la direction à prendre. Il gardera ensuite le bon cap pendant le reste de sa vie : pas de réconciliation avec les ennemis du Christ. Il faut donc, à mon avis, éviter de donner trop de force à des paroles de Mgr Lefebvre qui datent des années 1970, alors que sa réaction à l’Eglise conciliaire n’était pas encore mûre.
      Quant à comparer Mgr Lefebvre à Emile Borduas, la comparaison ne tient pas, puisque Mgr Lefebvre refusait les usurpateurs au nom de tous leurs prédécesseurs. Il refusait donc les auteurs de la corruption du Siège Romain au nom des 250 papes qui avaient conservé sans tâche ce siège pendant tous les siècles. Emile Borduas voulait une rupture, Mgr Lefebvre la dénonçait.

      Quant à votre caricature de l’attitude de ceux qui refusent l’autorité spirituelle de François, elle est ce qu’elle est : une caricature. Qu’il y ait des divisions en l’absence de tête, rien de plus normal. Que ceux donc qui doutent de la papauté de François se dispersent, rien de plus normal, le pape étant le lien de l’unité. Que ceux par contre qui reconnaissent la papauté de François, supposé être le lien de l’unité de l’Eglise, oh, comme il est étrange qu’ils soient eux aussi si divisés. Prétendre à l’unité des troupes parmi tous ceux qui reconnaissent François et ses prédécesseurs, c’est oublier l’existence de la Fraternité Saint Pierre, de l’Institut du Bon Pasteur, oublier aussi que les évêques de la Fsspx ont été «excommuniés» pendant vingt ans, que ses prêtres ont été «suspens a divinis» pendant quarante ans, c’est oublier le récent scandales Vigano, sans oublier les divisions futures, puisque la Fausse Eglise ne peut que s’écrouler sur elle-même. Quant à tous ceux qui sont dispersés en petits groupes depuis 50 ans, ils sont toujours là, et, bien que dispersés, ils sont unis dans l’attente de la Restauration que tous espèrent avec patience.

      Enfin, pour ce qui est de la soumission à l’Eglise conciliaire, vous semblez vous concentrer principalement sur les effets d’un accord. Or la cause précède toujours les effets et est la racine du mal. Oui, soumission il y a, lorsque nous acceptons la juridiction d’un infidèle pour les sacrements, que cela plaise ou non. Qu’on n’en soit pas encore rendu à célébrer la Nouvelle Messe ou du moins à accepter sa légitimité, bien. Vous semblez calculer les effets collatéraux d’un accord. Or je crois qu’il serait plus correct de se positionner au niveau de la Foi. Nous ne sommes pas en politique. La bataille se situe au niveau de la Foi, et, au niveau de la Foi, la moindre compromission équivaut à une capitulation qui aura bien sûr des conséquences désastreuses à plus ou moins long terme, mais qui est déjà en elle même un abandon de Celui qui a dit : « Je suis la Vérité». Or la capitulation non pas de l’abbé Couture (il ne fait que défendre servilement ses maîtres) mais de Menzingen, c’est d’avoir reconnu par des gestes officiels (acceptation de la soi-disant «levée des excommunications», de la soi-disant «juridiction», etc.) d’avoir reconnu donc l’autorité des apostats. Celui qui reconnaît l’autorité des apostats sur lui pèche contre la foi. C’est ce qui compte, c’est un mal présent et non pas futur. Si ensuite on veut considérer qu’il s’assied ou non, ce faisant, sur une bombe à retardement, on peut toujours discuter de ça. Mais quelles qu’en soient les conséquences, reconnaître l’autorité de gens qu’on sait pertinemment être apostats est un péché contre la foi.

      Bref, merci de votre point de vue. Si on le suivait cependant, il vaudrait mieux côtoyer la Fraternité Saint-Pierre. Eux non plus ne célèbrent pas la Nouvelle Messe et suivent de façon plus rigoureuse la logique des principes que vous voulez défendre.

      Abbé Pierre Roy

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