Il est temps de se lever

Nous publions volontiers une lettre d’un de nos lecteurs de France qui n’est pas un «commentaire officiel», selon ses propres mots. Mgr Lefebvre ne disait-il pas que même un simple enfant avec son catéchisme pourrait répondre à son évêque en ce qui concerne sa foi? Aujourd’hui on voudrait que tout soit compliqué, et que personne ne puisse comprendre sans l’aide d’un «commentaire officiel». Tout est trop compliqué pour que l’on puisse comprendre, dit-on.

Nous pensons au contraire que les gens de bonne volonté ne voient que trop ce qui se passe et qu’on ne peut leur faire avaler un chameau. Aux moments de décisions importantes qu’il devait prendre, Mgr Lefebvre n’a pas hésité à prendre conseil auprès des fidèles.

Canada Fidèle

Passage-de-la-Loire-par-l-armee-vendeenne

Commentaires d’un simple fidèle à propos de la lettre des doyens :

 

Il est temps de se lever

Le dimanche 14 mai 2017, à saint Nicolas du Chardonnet, M. l’abbé Bouchacourt (supérieur du district de France de la Fraternité saint Pie X) est venu annoncer aux fidèles la « déposition » de M. l’abbé de La Rocque. Ce dernier, signataire de la lettre des doyens et des communautés amies concernant les mariages dans la Fraternité saint Pie X, ayant porté ce document à la connaissance de ses fidèles, était parti la veille, se conformant ainsi aux ordres de son supérieur de district

Durant la messe de 10 heures et demie, au moment où M. l’abbé Bouchacourt, en chaire, a commencé son annonce, de nombreux fidèles se sont levé et ont quitté l’église – momentanément – en signe de protestation. Ce mouvement s’est effectué dans le calme et la dignité. Il convient de souligner également qu’il ne fut pas le fait de quelques isolés : ce sont peut-être deux-cent personnes, (difficile de se rendre compte) de l’assistance qui ont suivi cette initiative.

Cependant, cette protestation publique a choqué une autre partie des fidèles. Cette réaction est compréhensible : d’une part, à cause d’une certaine ignorance, chez de nombreux fidèles de la Fraternité, du véritable déroulement des faits, ainsi que de ce qui se joue en ce moment au sein de la Fraternité. D’autre part, il est en soi légitime que les fidèles écoutent et en général acquiescent à la vision des choses présentée par le supérieur de district, en l’occurrence M. l’abbé Bouchacourt. Mais il nous semble également intéressant qu’ils sachent écouter, en ces temps troublés, d’autres points de vue que celui de l’autorité, afin de se faire eux-mêmes un avis.

Depuis les événements dont il est question, de très nombreux textes sont parus sur Internet, presque tous pour défendre la position de l’abbé Bouchacourt, affirmer que l’action des doyens était bien subversive et donc condamnable, et enfin s’indigner de la réaction des fidèles, désormais traités par certains d’ « anarcho-traditionalistes »[1].

Aussi, simple fidèle de la Fraternité, je propose ici de remettre paisiblement les choses à leur place, en analysant la légitimité ou non de l’action qui a eu lieu ce dimanche. Au-delà, c’est la légitimité de la lettre des doyens, de la réaction de ces prêtres, qui est en cause. Et, finalement, la question est de savoir si l’état actuel des événements justifie une prise de position des fidèles, et un mouvement général de leur part.

Certains reprocheront peut-être à un simple fidèle de prendre la parole. C’est justement l’un des sujets de cet article. Je leur demanderai surtout de faire moins attention à celui qui parle, qu’à ce qui est dit. Comme le dit l’Evangile : « venez et voyez ». Amis lecteurs, lisez et jugez.

  • La lettre des doyens était-elle nécessaire ?

 

  1. Le fond du problème : la lettre de Rome, la réaction de la Fraternité
  2. Les conséquences : le trouble, la confusion, le danger
  3. Les problèmes du « commentaire autorisé » du 11 avril

 

  • La réaction des supérieurs était-elle justifiée ?

 

  1. Le fond était-il condamnable ?
  2. La forme était-elle condamnable ?
  3. Est-il exact que la condamnation ne portait que sur la forme ?
  4. Que penser du document présenté par Menzingen concernant les mariages ?
  • Une fois l’acte posé, et les sanctions tombées, que devons-nous faire ?

 

  1. Le nécessaire rétablissement de la vérité
  2. Le danger réel qui menace la Fraternité
  3. Une réaction publique des fidèles est-elle : légitime ? Nécessaire ?

 

I- La lettre des doyens était-elle nécessaire ?

  1. Lettre de Rome, réaction de la Fraternité

Le 27 mars 2017, le cardinal Müller, président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signait une lettre concernant les mariages célébrés au sein de la Fraternité saint Pie X. Publiée le 4 avril, cette lettre stipulait que désormais, les consentements des époux se mariant dans la Fraternité devraient être reçus par un prêtre du diocèse, ou « régulier », donc pas par un prêtre de la Fraternité. Voici le texte : « dans la mesure du possible, la délégation de l’Ordinaire pour assister au mariage [des fidèles de la FSSPX] sera donnée à un prêtre du diocèse (ou du moins à un prêtre pleinement régulier) pour qu’il reçoive le consentement des parties […] ; suivra alors la célébration de la Sainte Messe votive par un prêtre de la Fraternité. »

C’est seulement « en cas d’impossibilité ou s’il n’existe pas de prêtre du diocèse qui puisse recevoir le consentement des parties, [que] l’Ordinaire peut concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité. »

Cette lettre consiste, par conséquent, non dans l’octroi d’un nouveau privilège, mais en une régression : Rome tente de retirer aux fidèles de la Fraternité le droit qu’ils ont de se marier devant un prêtre indemne de toute compromission avec les autorités modernistes. De plus, la lettre romaine met en doute la validité des mariages effectués depuis 40 ans dans la Fraternité, en affirmant que « de cette façon aussi, on pourra éviter les débats de conscience chez les fidèles qui adhèrent à la FSSPX et les doutes sur la validité du sacrement de mariage ».

Mais il y a encore autre chose dans cette lettre : elle précise que ces mesures sont prises dans un contexte où « différents types de rencontres et d’initiatives sont en cours depuis longtemps pour ramener la Fraternité sacerdotale Saint Pie X dans la pleine communion ». Plus loin, le texte indique encore que la Commission pontificale Ecclesia Dei adflicta compte sur la collaboration des évêques pour respecter ces mesures, « tout en facilitant le chemin vers la pleine régularisation institutionnelle ».

Non seulement ce texte tente de remettre en cause la légitimité du combat que mène la Fraternité depuis 40 ans, en niant l’état de nécessité où nous mets la crise de l’Église ; mais, de plus, il est un aveu supplémentaire de la volonté romaine de ramener la Fraternité sous son autorité, sans que Rome soit auparavant retournée à la Tradition de l’Église.

Étant éminemment dangereuse pour la Fraternité, l’on s’attendait à que cette lettre soit fermement repoussée par les supérieurs de ladite Fraternité, et qu’ils adressent un message clair aux prêtres et aux fidèles de la Tradition : peu importe les dictats de Rome, nous, on continue ! Comme Mgr Lefebvre et tous nos anciens, nous continuons à conserver fidèlement le dépôt de la Foi, en attendant la conversion des autorités romaines.  Cette lettre, une fois de plus, annonce que la Fraternité est en marche pour une régularisation, visant à la réintégrer dans « la pleine communion ». Comme l’écrivaient, le 6 juillet 1988, de nombreux supérieurs de la Fraternité au Cardinal Gantin, « Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles ».

Voilà ce que nous aurions aimé entendre de la bouche des supérieurs de la Fraternité.

Quelle ne fut pas notre surprise, quand parut la réponse officielle de la Maison générale de Menzingen, qui disait notamment : « La Fraternité Saint-Pie X remercie profondément le Saint-Père pour sa sollicitude pastorale, telle qu’elle s’exprime à travers la lettre de la Commission Ecclesia Dei, dans le but de lever « les doutes quant à la validité du sacrement de mariage ». Le pape François veut manifestement que, comme pour les confessions, tous les fidèles qui souhaitent se marier en présence d’un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X, puissent le faire sans aucune inquiétude sur la validité du sacrement ».

  1. Les conséquences : le trouble, la confusion, le danger

Cette réponse est inquiétante, à la fois par ce qu’elle dit, et par ce qu’elle ne dit pas. D’une part, les supérieurs de la Fraternité remercient le Pape de vouloir retirer à ses fidèles un droit légitime. D’autre part, elle reprend le couplet romain sur les « doutes quant à la validité du sacrement de mariage », et même sur les doutes quant à la validité des confessions par les prêtres de la Fraternité. Nous, nous n’en avons jamais douté. Et si de trop nombreux fidèles ont pu se servir de l’argument de l’invalidité de leur mariage, célébré par un prêtre de la Fraternité, pour le faire annuler pour des motifs en fait tout autres, il est clair qu’ils sont de mauvaise foi. On ne saurait donc arguer de l’hypocrisie de certains, pour douter de la validité des sacrements dispensés au sein de la Fraternité.

Car douter de leur validité, c’est douter de l’état de nécessité. C’est donc douter de la crise de l’Église, et remettre en cause tout le combat de Mgr Lefebvre et de ses successeurs depuis le concile Vatican II. Libre à certain de le faire, mais qu’alors, ils ne se réclament plus de la Fraternité saint-Pie X.

Ce communiqué de la maison générale est également inquiétant par ses silences. Silence, donc, sur la pleine communion et le processus de « régularisation » mentionnés, qui semble cautionner l’existence de ce processus, qu’on a si souvent nié. Silence sur les dangers que contient cette lettre, sur la volonté romaine de contraindre la Fraternité à accepter l’autorité de l’ordinaire du lieu moderniste. Silence, surtout, sur la conduite à tenir face à ce document romain.

La réaction de la Menzingen a été, pour le moins, creuse, vide de cet élan combattif face à l’erreur, qui est le signe distinctif de la Fraternité depuis sa fondation, élan insufflé par Mgr Lefebvre.

La lettre de Rome, et plus encore la réponse de la Fraternité, ont semé le trouble dans l’esprit des fidèles – en tous cas de ceux qui ont pu détecter l’ambigüité de ce remerciement, et la gravité de ses silences sur les points principaux. Nous imaginons que cette lettre a pu troubler aussi bon nombre de prêtres, visiblement sans directives claires sur la conduite à tenir, et surtout inquiétés par le ton et le contenu du communiqué émanant de leurs supérieurs.

  1. Les problèmes du « commentaire autorisé » du 11 avril

Le 11 avril 2017, un « commentaire autorisé » (appellation devenue commune) était publié sur le site du district de France, La Porte Latine. S’il rappelait que « l’état de nécessité demeure », s’il voulait maintenir que nos mariages ont toujours été valides, ce texte officiel était à la fois ambigu et contradictoire. En effet, voici les erreurs principales qu’on peut y relever :

  • « Désormais, de même qu’il n’est plus besoin de recourir à une juridiction extraordinaire pour confesser validement, il n’est plus besoin de recourir à l’état de nécessité pour recevoir validement les consentements, à moins que l’évêque ne s’oppose aux dispositions nouvelles en refusant la délégation voulue par le pape».

 

Ce paragraphe pose problème. Il affirme qu’il n’y a plus besoin de recourir à l’état de nécessité, ce qui sous-entend que la lettre romaine demanderait aux évêques de donner la juridiction ordinaire aux prêtres de la Fraternité, pour les mariages. Ainsi, les évêques ne donnant pas délégation « s’opposeraient » aux demandes du pape. Cette affirmation est fausse. En effet, la lettre n’ordonne pas aux évêques de donner la juridiction aux prêtres de la Fsspx, mais de dépêcher un prêtre diocésain ou du moins « régulier » pour recevoir les consentements. Il n’est envisagé de donner juridiction aux prêtres de la Fraternité qu’en cas où ce recours à un prêtre régulier serait « impossible », hypothèse étrange, pour ne pas dire inconcevable.

Les évêques ayant pris l’initiative d’accorder aux prêtres de la Fraternité, dans leur diocèse, la juridiction pour célébrer des mariages, et ce en toutes circonstances, ne le font pas en vertu de la lettre de la commission Ecclesia Dei adflicta[2], comme on l’a dit ces derniers temps. On ne peut même pas dire qu’ils « appliquent largement » les dispositions de la lettre, puisque cette dernière va dans le sens d’une régression par rapport au droit qu’ont les fidèles de s’adresser aux prêtres de la Fraternité.

 

  • « Cela ne veut pas dire que l’état de grave nécessité a cessé, mais que les autorités de l’Eglise ne refusent plus à la Tradition quelques moyens de se développer. La messe d’avant le Concile a été reconnue en 2007 comme n’ayant jamais été abrogée. Les injustes censures qui pesaient sur les évêques de la Fraternité ont été levées en 2009. La non reconnaissance du ministère valide de ses prêtres dans le sacrement de pénitence a cessé en 2015. L’irrégularité présumée du prêtre de la Fraternité, témoin autorisé pour le sacrement de mariage, est désormais levée, pour le bien des époux».

 

Nous voici devant une des contradictions du document. L’état de nécessité demeure…mais ce n’est plus la peine de l’invoquer.

 

L’évocation du Motu Proprio de 2007 est ici un semi-mensonge. Il est présenté comme quelque chose de positif, alors que – s’il a des effets positifs qu’il faut reconnaître, il demeure un document scandaleux, mettant sur le même pied le rite de saint Pie V, dit « extraordinaire » (alors qu’il est le rite romain unique de l’Église depuis des siècles), et le nouveau rite de Paul VI. Nouveau rite dont les cardinaux Ottaviani et Bacci disaient pourtant : « le nouvel ORDO MISSAE, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente ».[3]

Si ce ne sont pas les successeurs de Mgr Lefebvre qui rappellent l’ambigüité du Motu Proprio de 2007, qui le fera ?

 

De même, le communiqué n’hésite pas à parler de la « levée » d’excommunications qui ont toujours été considérées comme nulles par la Fraternité ; on devrait parler de « reconnaissance de la nullité des sanctions » par Rome. En utilisant le même langage que Benoît XVI en 2009, ce communiqué reconnaît implicitement qu’il y a bien eu des excommunications effectives, même si « injustes ».

 

Nous reviendrons plus loin sur un problème de fond qui apparaît déjà ici : la Fraternité se réjouit de ce que la Rome moderniste reconnaisse la validité et la régularité de ses sacrements, un à un.

 

  • Je passe sur d’autres étrangetés, qui reviennent plus ou moins à ce que l’on a déjà dit. Je cite encore ce passage : « Il est également à souhaiter que les tribunaux ecclésiastiques ne puissent plus prononcer des annulations pour « vice de forme canonique » des mariages célébrés dans la Tradition. En faisant cesser ce scandale que la Rote romaine tolère depuis trop longtemps, le pape procure aussi un grand bien».

 

Comme nous l’avons déjà dit, les fidèles qui s’adressaient à des tribunaux ecclésiastiques conciliaires, pour faire annuler leur mariage célébré par un prêtre de la Fraternité, étaient de mauvaise foi. En s’engageant devant un prêtre de la Fraternité, ils affirmaient leur refus de s’adresser à ces mêmes autorités conciliaires pour les préparer au mariage et les marier. Ce refus était logiquement motivé par le constat de la crise de l’Eglise, et la fuite d’ « autorités prévaricatrices »[4]. En se mariant devant un prêtre de la Fraternité, ils acceptaient de ne se référer, si un problème survenait, qu’à la commission Saint Charles Borromée, « que la Fraternité Saint Pie X a dû établir précisément en raison de ces déclarations de nullité certainement invalides »[5]. Le fait d’aller s’adresser à des autorités conciliaires pour faire annuler un mariage qu’eux-mêmes reconnaissaient comme valide, en prétextant l’irrégularité de la Fraternité, est une hypocrisie, un acte de faiblesse, si ce n’est de félonie. C’est abandonner ses convictions au profit de ses passions.

 

On ne saurait donc légiférer à partir de tels actes. Cet argument n’est qu’un prétexte bien trouvé.

 

  • « Les dispositions nouvelles, qui permettent d’obtenir la délégation de l’Ordinaire, ne signifient pas que ce sont des prêtres diocésains qui prépareront, organiseront ou célébreront les mariages. De fait, les prêtres de la Tradition ne sauraient confier les fidèles qui s’adressent à eux pour se préparer saintement au mariage, à certains prêtres qui professent de mauvais principes et qui peuvent mettre en danger la foi de futurs époux, en leur inculquant une conception erronée du mariage chrétien. Le pape François veut seulement que les Ordinaires donnent délégation aux prêtres de la Fraternité : sa démarche est essentiellement juridique».

 

De fait, je suis désolé, mais si : ces dispositions nouvelles signifient que ce sont des prêtres diocésains qui célèbreront les mariages, même s’ils ne les prépareront pas. Le document romain demande que ce soit des prêtres réguliers qui reçoivent les consentements – sauf dans ce fameux cas d’impossibilité qui reste indéfini.

 

Ici encore, le « commentaire autorisé » veut ménager la chèvre et le chou en rappelant que les prêtres conciliaires « professent de mauvais principes » etc. etc. Pour ce faire, il se fonde sur une lecture inexacte du texte, en affirmant de nouveau que « Le pape François veut seulement que les Ordinaires donnent délégation aux prêtres de la Fraternité ». Ce qui, nous l’avons déjà montré, est faux.

 

  • « Sa démarche est essentiellement juridique» : cette remarque n’est pas anodine. Elle est d’ailleurs prolongée par la phrase suivante : « Comme l’a déclaré le Père Cédric Burgun, vice-doyen de la Faculté de Droit canonique de Paris : « Le pape ne tranche pas la question du débat doctrinal. Mais il lève les ambigüités sur la question du droit, et rend valides, et licites, ces mariages qui seront célébrés sous les conditions édictées par Rome ». (RCF, 5 avril 2017) ».

 

Ce point est en effet crucial : le Pape François tente de régler la question canonique, sans trancher le débat doctrinal de fond. Mais qu’est-ce que ce « débat doctrinal » si négligemment mentionné ? C’est justement le cœur de la question ! Ce débat n’est pas un débat, c’est un combat. C’est le combat de Mgr Lefebvre, c’est le refus du Concile Vatican II, de l’œcuménisme, de la liberté religieuse, de la nouvelle messe. C’est le combat de ceux qui veulent que Notre-Seigneur soit recouronné, contre ceux qui L’ont découronné.

 

Ce passage montre comment cette question de mariage est un épisode supplémentaire de la grande question des accords avec Rome. Depuis plusieurs années, le pape s’emploie à « lever les ambigüités sur la question du droit », à rendre valides un à un les sacrements dispensés au sein de la Fraternité. Chaque fois, la Fraternité remercie le saint-Père, rappelant pour la forme que nos sacrements ont toujours été valides (encore heureux !).

 

Pourquoi, dans ces réponses officielles, ne pas aborder la question de fond, celle de ce qui nous sépare radicalement de la Rome conciliaire ?  Par ses actes, la façon d’agir du Pape François donne à penser que la question du droit et celle de la doctrine sont séparées. C’est extrêmement dangereux : le droit n’est légitime que dans la mesure où il est au service de la doctrine. L’un et l’autre sont intimement liés, et hiérarchisés : le droit est subordonné à la doctrine. C’est une des raisons pour lesquelles on ne peut concevoir, vis-à-vis de la Fraternité, une démarche seulement juridique, sans parler de doctrine. Ce serait taire la vérité, faire comme si l’essentiel était le droit, la régularisation, et le secondaire, la foi. Ce serait extrêmement ambigu, puisque si la Fraternité accepte de ne parler que du droit, elle relativise totalement les erreurs de l’Église conciliaire. Ces dernières apparaîtront alors comme de simples points de discussions, ou comme un folklore traditionnel auquel la Fraternité tient, et qu’on lui accorde volontiers pourvu qu’elle ne prétende pas l’imposer aux autres comme la vérité.

 

  • « La mise en œuvre des dispositions pourra s’avérer délicate dans le cas où ce serait un prêtre diocésain qui viendrait recevoir les consentements. Il paraît cependant facile de manifester l’embarras qu’il y aurait pour les futurs époux à échanger leur consentement devant un prêtre qu’ils ne connaissent pas, et qu’ils ne reverront probablement jamais de leur vie. Beaucoup désirent justement qu’un prêtre connu et estimé, parfois de leur parenté, célèbre leurs fiançailles et leur mariage. La « mesure du possible » dont parle le document romain est assez large pour faire valoir auprès de l’évêque du lieu les difficultés pratiques de son application. D’autant plus qu’il est prévu qu’il « puisse concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité ». L’idéal serait que l’évêque, pour de bonnes raisons pastorales, donne délégation purement et simplement aux prêtres de la Fraternité pour célébrer les mariages de leurs fidèles».

 

On pourrait résumer ainsi ce paragraphe : « Ce sera délicat, mais en soi tout ça peut très bien se passer dans la pratique. Il suffit que les évêques soient gentils. Nous interprétons la « mesure du possible » comme nous l’entendons, et espérons que les évêques vont nous donner délégation ».

Toujours le même problème : l’auteur de ce « commentaire autorisé » ne sait pas lire. L’octroi d’une délégation aux prêtres Fsspx est ici prévu comme une exception. La règle, c’est qu’un prêtre diocésain ou rallié vienne recevoir les consentements. De plus, l’appréciation de « la mesure du possible » est laissée à l’Ordinaire du lieu, non à la Fraternité. Cette dernière oublierait-elle qu’elle ne peut prétendre traiter d’égal à égal avec les autorités ecclésiastiques officielles ?

En conclusion de ce petit aperçu du « commentaire autorisé » de la Fraternité : ce texte se fonde sur une interprétation erronée du document romain, lui accordant une portée qu’il n’a pas. Surtout, il ne dit pas un mot des dangers réels que recouvrent les directives romaines. Il essaye de maintenir la légitimité de la situation passée de la Fraternité, mais il se contredit en acceptant une régularisation au niveau du droit, sans traiter les problèmes de fond.

Il est donc totalement dans la continuité du communiqué officiel de la Fraternité analysé en I-a).

Conclusion de cette partie : Nous pouvons donc répondre à la question initiale : oui, la réaction des doyens était un acte nécessaire :

  • Pour dissiper le trouble et la confusion dans l’esprit des prêtres et des fidèles ;
  • Pour dévoiler aux yeux de tous la véritable portée du document romain ;
  • Pour refuser clairement la mise sous tutelle de Rome ;
  • Pour revenir au problème de fond : l’abîme qui nous sépare de l’Église conciliaire ;
  • Pour indiquer fermement la conduite à tenir aux prêtres et aux fidèles ;
  • Pour revenir sur les erreurs du commentaire du 11 avril ;
  • Parce qu’un mois après le commentaire du 11 avril, rien n’était encore venu de Menzingen ;
  • Plus encore, parce que, après les réponses officielles précédentes, et celles faites lors des régularisations précédentes, les doyens étaient en droit de s’attendre à ce que le commentaire qui émanerait de Menzingen aille dans le même sens : celui de se coucher devant la tentative de Rome d’enfermer la Fraternité sous l’emprise de son autorité canonique.

II- La réaction des supérieurs était-elle justifiée ?

  1. Le fond était-il condamnable ?

Au vu de ce que nous avons dit précédemment, il est clair que le fond de la lettre des doyens n’était absolument pas condamnable. De nombreux prêtres de la Fraternité, qu’ils approuvent ou non les procédés employés par les doyens, ont reconnu que, sur le fond, le document était irréprochable, et mille fois plus rigoureux que le « commentaire autorisé » du 11 avril.

Nous ne pouvons pas ici passer en revue tout le texte de cette lettre. J’invite le lecteur à s’y reporter, à la lire ou relire. Elle ne fait qu’exprimer la position de toujours de la Fraternité concernant non seulement la juridiction romaine, mais le problème de la Rome conciliaire dans sa globalité.

D’ailleurs, M. l’abbé Bouchacourt, ni aucun supérieur de la Fraternité, n’ont pour l’heure établi une critique en règle de cette lettre. L’abbé Bouchacourt a d’ailleurs avoué qu’il avait « refusé de considérer le contenu du document ». De toutes parts, proviennent des critiques concernant la forme, la manière employée par les doyens pour faire valoir leur opinion. Mais sur le fond, rien, nada. M. l’abbé Bouchacourt peut toujours affirmer, comme dans un entretien récent au journal présent, que l’analyse des doyens comporte « des faiblesses »[6], nous attendons toujours de savoir lesquelles.

Nous disons simplement ceci à ceux qui ont condamné nos doyens : « Si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean, 18, 23).

C’est là la question essentielle. Dans un texte, la forme n’est là que pour servir le fond. Le fond reste le centre du problème. Et le fond est droit ; s’il ne l’est pas, qu’on nous le démontre.

Jusqu’ici, les seuls à avoir attaqué le fond de la lettre (et encore, aucun ne l’a fait de manière rigoureuse), sont des prêtres ralliés, ou des fidèles défendant le ralliement de la Fraternité à Rome. Qu’il nous soit permis, à ce sujet, de faire cette remarque :

  • Il est plutôt significatif que ceux qui attaquent le fond de la lettre des doyens, soient les mêmes qui défendent la position dite « accordiste », prônant – ou du moins acceptant – l’idée d’une régularisation canonique de la Fraternité, sans que Rome ne soit préalablement revenue à la Tradition.
  • Cela montre précisément la portée de la lettre des doyens, qui contient un refus à peine voilé de la « normalisation » canonique de la Fraternité. Nous y reviendrons.

Condamner le fond de la lettre des doyens, c’est condamner la position traditionnelle de la Fraternité vis-à-vis d’accords avec l’Église conciliaire (en tous cas, la position qu’elle tint jusqu’au chapitre de 2012). C’est condamner le seul texte clair et irréprochable paru jusqu’ici sur la question de la régularisation des mariages au sein de la Fraternité. C’est revenir sur les critiques que la Fraternité adresse depuis les sacres aux instituts et fraternités ralliées. C’est, ultimement, accepter l’idée, la possibilité d’un ralliement.

Voilà pourquoi l’abbé Bouchacourt, comme les autres supérieurs de la Fraternité, se sont bien gardés d’attaquer le texte sur le fond, au moins en apparence, et surtout d’en dresser une critique rigoureuse.

  1. La forme était-elle condamnable ?

Analysons maintenant la forme, ou la méthode employée par les doyens en publiant leur lettre. Les reproches qui leur sont adressés par beaucoup – à commencer par M. l’abbé Bouchacourt – se résument à celui-ci : ils n’ont pas averti leur supérieur.

Or, premièrement, nous savons maintenant que c’est faux. Les doyens, ou des prêtres au courant, ont assuré plusieurs fois en privé que l’abbé Bouchacourt avait été mis au courant quelques jours auparavant par l’abbé de La Rocque. Je cite à ce propos un article d’Albert Laurent (collaborateur à la revue Fideliter), paru le 16 mai sur MPI :

« Ces prêtres ont-ils agi sans en référer à leur hiérarchie ? C’est le reproche formulé dans l’article précité : « quelques prêtres ont imprudemment lu en chaire et diffusé une Lettre adressée aux fidèles, sans en aviser le Supérieur de District, mettant en cause la direction de la Fraternité Saint-Pie X ». Cette affirmation est manifestement fausse. Depuis des semaines, ces prêtres ont alerté leurs supérieurs sur les problèmes posés par le texte romain sur les mariages et, de façon plus générale, sur les dangers d’un ralliement de la Fraternité à Rome sous la forme canonique d’une prélature personnelle. Mais face à l’inertie devant laquelle ils se trouvaient, les prêtres doyens ont pris leurs responsabilités. L’abbé de la Rocque devait rencontrer le supérieur du District de France le mercredi 3 mai pour lui faire part du texte de la déclaration. Il a été reçu finalement le vendredi 5 mai, donc avant la publication réalisée le dimanche suivant, comme l’abbé Bouchacourt vient d’ailleurs de le reconnaître au journal Présent daté d’hier. D’autre part, une lecture attentive et loyale du texte des doyens ne permet pas d’identifier de mots ou d’expressions qui remettraient en cause l’autorité générale de la Fraternité ».[7]

Cette citation répond suffisamment, je pense, à cette accusation.

Mais on peut encore ajouter ceci : l’abbé Bouchacourt a lui-même reconnu, dans l’entretien à Présent déjà cité, que l’abbé de La Rocque lui avait présenté le texte avant sa publication. A vrai dire il se contredit même à quelques lignes d’intervalle, affirmant d’abord qu’ « une « lettre ouverte » a été écrite par certains prêtres de la Fraternité, préparée dans le secret – et c’est cela qui est inadmissible – sans m’en montrer le contenu ». Puis, peu après, il révèle que « l’abbé de La Rocque est venu me voir vendredi 5 mai au soir avec ce texte, mais Le Chardonnet était déjà imprimé et le texte répandu auprès de différents prêtres et communautés religieuses ». Chardonnet déjà imprimé, mais pas encore publié. Il a donc été prévenu avant, contrairement à ce qu’il avait affirmé jusqu’à cet entretien, et quelques lignes plus haut.

On a dit aussi que cette lettre était subversive, révolutionnaire. M. l’abbé Bouchacourt s’est notamment répandu en invectives contre cette manifestation d’esprits subversifs. Je renvoie ici le lecteur à un autre article (également paru sur MPI), signé par un prêtre de la Fsspx, et exposant clairement cette question de la subversion. Il est nécessaire, pour ce faire, de bien définir les mots « subversifs » et « révolutionnaires », comme le fait l’auteur :

« 1 – Révolutionnaire : être révolutionnaire, c’est s’opposer à l’autorité parce qu’elle vient de Dieu. Lorsque l’autorité est pour Dieu, le révolutionnaire s’y oppose. Le catholique est ordinairement soumis à l’autorité. Lorsque l’autorité est volée par le révolutionnaire, à son tour le catholique s’y oppose. Il ne doit pas alors être qualifié de révolutionnaire mais de contre-révolutionnaire. Comme les Vendéens. (Je ne veux pas dire que dans l’histoire qui nous préoccupe il y ait des révolutionnaires et des contre-révolutionnaires. Je veux dire qu’un catholique qui s’oppose à l’autorité ne doit pas être immédiatement qualifié de révolutionnaire.)

2 – Subversion : Subversion vient de /sub/-/vertere / : détourner par dessous.

2.1. Un acte est subversif lorsqu’il tourne les inférieurs contre les supérieurs. Dans ce sens révolutionnaire et contre-révolutionnaire sont subversifs. Et alors ? En réalité dans ce sens le mot subversif est utilisé dans un sens large. Par exemple par sa déclaration de 1974 Mgr Lefebvre a tourné les inférieurs contre les supérieurs, contre Rome, contre la Rome moderne et révolutionnaire. C’était un acte contre-révolutionnaire et catholique. Qui dirait qu’il était subversif ? Ou qu’il prenait les fidèles en otage ? ».

Je cite encore sa conclusion, en encourageant le lecteur à lire l’intégralité de la démonstration :

« On voit que la Lettre des Doyens n’est aucunement révolutionnaire puisqu’elle proclame la vérité. On voit que la Lettre des Doyens n’est pas subversive dans le sens strict : le texte est parfaitement clair. Les intelligences en comprennent immédiatement le sens et sont capables de l’accepter ou de le refuser. Elle n’a rien à voir avec une sape, mais elle s’apparente clairement avec un bélier. Les auteurs en assument le poids et sont visibles des défenseurs. Si le contenu de la lettre est juste, on doit en conclure que les Doyens n’ont rien fait de mal ».[8]

J’ajouterai à ces éléments une remarque importante. Les prêtres qui l’ont signée sont des prêtres dignes de toute confiance, ayant une excellente réputation, et dans l’ensemble connus pour leur obéissance à leurs supérieurs, comme le soulignent l’article d’Albert Laurent, ainsi que la lettre ouverte de l’abbé Pinaud à l’abbé Bouchacourt. Mais il y a plus : ces prêtres sont en charges de paroisses ; plus, ils sont prieurs ; plus encore, ils sont doyens. A ce niveau de responsabilité, la Fraternité saint Pie-X a toujours laissé ses prêtres parler à leurs fidèles des rapports entre Rome et la Fraternité, des erreurs de la Rome conciliaire et moderniste, de l’attitude de la Tradition face à ces erreurs, de la fausse solution des ralliés, etc.

Ce que je veux dire, c’est que la Fraternité n’est pas l’URSS. Jusqu’à récemment, elle n’a jamais exigé que les prêtres désirant s’adresser à leurs fidèles sur de tels sujets, passassent obligatoirement par leurs supérieurs. Si certains exprimaient des erreurs importantes, ou parlaient en engageant la Fraternité toute entière, il était légitime de les sanctionner, ou de leur demander de retirer leurs propos. Mais les doyens ont parlé en leur nom, à leurs fidèles et non à l’ensemble de la Fraternité ; et leur propos ne contient pas d’erreur. Il n’y a donc rien à dire, si ce n’est à approuver.

Déjà, des prêtres de la Fraternité ont été punis pour avoir réaffirmé clairement la ligne de la Fraternité en matière d’accords. En 2016, M. l’abbé Roy se voyait interdire par son supérieur de district, au Canada, de parler publiquement à ses fidèles de la question des accords, pour l’avoir fait devant sa paroisse.

Hier, un prêtre sanctionné par son supérieur de district. Aujourd’hui, des prieurs-doyens qui sont sanctionnés par le supérieur de district et le supérieur général. Demain, des supérieurs de districts punis par Mgr Fellay ? Ou bien tous auront-ils déjà été réduits au silence ?

  1. Est-il exact que la condamnation ne portait que sur la forme ?

Avec ce que nous avons observé auparavant, la question se pose de savoir si la condamnation par les supérieurs de la Fraternité de la lettre des doyens ne portait que sur la forme, ou également sur le fond.

1- Si l’on s’en tient à la lettre signée par l’abbé Bouchacourt, la condamnation ne portait que sur la forme. Il y disait ne pas avoir considéré le fond.

2- Cependant, certains éléments tendent à montrer que la réponse n’est pas si simple :

– Dans l’entretien à Présent dont nous avons déjà parlé, M. l’abbé Bouchacourt dit ceci : « Ses atouts et ses faiblesses (car il en a) auraient alors été étudiés ». Ce texte dont certains prétendent que le fond n’a aucunement gêné les supérieurs, aurait donc au moins de mystérieuses « faiblesses ». Mais il y a des indices encore plus clairs de ce désaccord sur le fond entre les signataires et les supérieurs :

– Le communiqué officiel de la Fraternité, remerciant le saint-Père, est radicalement différent dans la façon de recevoir le texte romain, et dans sa réponse au pape.

– le commentaire autorisé de la Fraternité, en second lieu, fait une analyse radicalement différente de la lettre, et accepte l’idée de la régularisation en cours (comme nous l’avons vu plus haut).

– l’analyse de Menzingen, enfin, envoyée aux prêtres par l’abbé Bouchacourt, présente de manière encore plus claire la rupture fondamentale entre les doyens et la Maison générale.

Compte tenu de ces éléments, il semble bien qu’il ne s’agisse pas seulement d’une question de forme, mais aussi de fond. Le ton employé à l’égard de Rome n’est pas le même.

On ne peut comprendre cette fracture qu’en contextualisant un minimum la publication de la lettre des doyens. Pour faire bref, le contexte général dans la Fraternité depuis 2011 est tendu. De plus en plus, les supérieurs de la maison générale de Menzingen (Mgr Fellay et ses assistants) se dirigent vers la régularisation canonique de la Fraternité. Rappelons les principaux tournants de ce processus :

  • En 2006, alors que les relations avec Rome ont repris depuis l’an 2000, le chapitre de la Fraternité définit une ligne devant guider sa conduite par rapport aux discussions romaines. Cette ligne se résume dans ce principe bien connu : « Pas d’accord pratique avant un accord doctrinal », c’est-à-dire : nous ne chercherons pas à régulariser canoniquement notre situation, avant que le problème de fond nous séparant de l’Église conciliaire ne soit réglé.

 

  • En 2012, le chapitre de la Fraternité abandonne ce principe, en acceptant officiellement l’éventualité d’une régularisation canonique, sans attendre le retour de Rome à la Tradition.[9]

 

  • En 2012 également, Mgr Fellay a signé une Déclaration doctrinale en date du 15 avril, dans laquelle se trouvent de nombreuses erreurs graves critiquées par M. l’abbé de Jornat[10].

 

  • Mgr Fellay, contrairement aux apparences, n’a jamais désavoué cette déclaration. Elle a simplement été retirée, compte tenu de l’opposition qu’elle a rencontré au sein de la Fraternité. Mgr Fellay a notamment déclaré à ce propos, que la Déclaration du 15 avril était « un texte ‘minimaliste’qui a pu prêter à confusion chez nous » (Mgr Fellay, Cor Unum 102). Ou encore, qu’elle était un « texte suffisamment clair » (Mgr Fellay, Écône, 7 septembre 2012) ; une Déclaration doctrinale où « toute ambiguïté se trouvait écartée quant à notre jugement sur le Concile, y compris la fameuse ‘herméneutique de la continuité’ » ; une Déclaration qui « n’a pas été comprise par plusieurs membres éminents de la Fraternité, qui y ont vu une ambiguïté, voire un ralliement à la thèse de ‘l’herméneutique de la continuité. » (Mgr Fellay, Cor unum 104, « Note sur la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 »). Ces citations montrent que Mgr Fellay n’est jamais revenu sur le fond de cette déclaration, dont le texte légitimait une régularisation canonique plaçant la Fraternité sous des autorités modernistes.

 

  • Toujours en 2012, avant la déclaration doctrinale et le chapitre de juillet, les trois évêques auxiliaires de la Fraternité avaient écrit à Mgr Fellay le 7 avril, pour exprimer « l’unanimité de leur opposition formelle à tout accord semblable», alors que, disaient-ils, « Depuis plusieurs mois, comme beaucoup de monde le sait, le Conseil général de la FSSPX considère sérieusement des propositions romaines en vue d’un accord pratique, étant donné que les discussions doctrinales de 2009 à 2011 ont prouvé qu’un accord doctrinal est impossible avec la Rome actuelle ».

 

  • Cette lettre était, pour les supérieurs de la Fraternité, un double avertissement : d’une part, de la dangerosité d’un tel accord ; d’autre part, de l’opposition de trois évêques sur quatre (et derrière eux de très nombreux prêtres) à cet accord.

 

  • Quelle fut la réponse de Mgr Fellay ? Sa lettre, contrairement à ce qu’elle affirmait, ne tenait aucun compte des arguments de fond avancés par les trois autres évêques. Elle relativisait cette « troisième guerre mondiale » que fut Vatican II[11]. Elle réaffirmait que l’accord pratique avec des autorités non retournées à la Tradition était possible[12], et même souhaitable[13]. Pour les supérieurs, il fallait relativiser la gravité de la situation (tous ne sont pas pourris à Rome, il y a un mouvement de remise en question avec la condamnation de l’herméneutique de la rupture[14], etc).

 

  • En 2012, la fracture sur cette question brûlante des accords est donc visible. Une partie de la Fraternité affirme avec les supérieurs dans leur réponse : « En soi, la solution de la Prélature personnelle proposée n’est pas un piège». Une autre partie affirme avec les trois autres évêques dans leur lettre : « Puisque la situation n’a pas changé substantiellement, puisque la condition émisse par le Chapitre de 2006 ne s’est nullement réalisée (changement doctrinal de Rome qui permettrait un accord pratique), écoutez encore votre Fondateur. Il a eu raison il y a 25 ans. Il a raison encore aujourd’hui. En son nom, nous vous en conjurons : n’engagez pas la Fraternité dans un accord purement pratique ».

 

  • Mgr Williamson décide, entre cette réponse datée du 14 avril et le chapitre de juillet, de s’opposer publiquement à cet accord. On lui demande de se taire, il continue. Le chapitre de 2012 annonce sa suspension de son office de capitulant. Au lieu de considérer les arguments de Mgr Williamson, de chercher à savoir si, sur le fond, il a ou non raison, le chapitre sanctionne, pour des raisons disciplinaires (portant officiellement sur la forme et non sur le fond) un des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Cet événement gravissime passe quasiment inaperçu chez les fidèles.

 

  • De 2012 à 2015, les événements sont essentiellement internes à la Fraternité. Je les résume rapidement, sous peine d’être encore plus long : Mgr Williamson est exclu de la Fraternité le 4 octobre 2012, par décision de Mgr Fellay, pour insoumission à l’autorité. Le Vatican manifeste sa satisfaction à cette annonce. Mgr Williamson répond par une lettre ouverte (du 19 octobre) dans laquelle il explique les raisons profondes de son opposition publique, et appelle Mgr Fellay à démissionner[15]. Par la suite, plusieurs prêtres de la Fraternité sont exclus, ou partent d’eux-mêmes, pour s’être opposés publiquement à la nouvelle direction prise par la Fraternité, ou à l’exclusion de Mgr Williamson.

 

  • Le 7 janvier 2014, 47 prêtres de la Tradition signent une « Adresse aux fidèles », où ils écrivent notamment : « Depuis l’an 2000 et surtout à partir de 2012 les autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X font le chemin inverse en se rapprochant de la Rome moderniste. La déclaration doctrinale du 15 avril 2012, suivie de l’exclusion d’un évêque et de nombreux prêtres et confirmée par la condamnation du livre ‘Mgr Lefebvre Nos rapports avec Rome’, tout cela montre la pertinacité dans cette voie qui conduit à la mort»[16].

 

  • Une nouvelle phase s’ouvre le 23 septembre 2014, lors de l’entretien extrêmement cordial de Mgr Fellay et de ses deux Assistants à Rome avec le cardinal Müller, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, et trois archevêques : le communiqué final, publié le jour même par le Vatican, apprend que « les parties […] ont convenu de procéder par paliers, mais dans un délai raisonnable, vers le dépassement des difficultés. Et ce, dans la perspective désirée d’une pleine réconciliation ». Dans un premier temps (comme un premier palier), Rome demande que des membres de la Fraternité aient des rencontres informelles avec des évêques.

 

  • Depuis cette date, les « paliers » se sont succédé. Citons-en quelques-uns (de manière non-exhaustive). Tout d’abord, les rencontres « informelles » se poursuivent, durant la fin de l’année 2014 et toute l’année 2015 : visites de séminaires de la Fraternité par des prélats modernistes, etc.[17]

 

  • Ensuite, dans un sermon du 10 mai 2015, Mgr Fellay annonce la reconnaissance canonique de la Fraternité en Argentine ; certes, pour des raisons pratiques facilitant l’octroi de visas : mais le cardinal Mario Aurelio Poli précise que si la fraternité en Argentine peut désormais être considérée « comme une association de droit diocésain», c’est « jusqu’à ce qu’un cadre juridique définitif lui soit accordé dans l’Église universelle », en fait l’Église conciliaire. Cette lettre a été écrite grâce à une intervention personnelle de François.

 

  • Dans le même sermon, Mgr Fellay annonce : « J’ai été nommé par Rome, par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, pour prononcer des jugements canoniques d’Église pour certains de nos prêtres qui font des choses graves»[18]. Ces prêtres seront donc jugés selon une juridiction ordinaire. Dès lors, la question se pose de savoir si l’on utilisera toujours l’ancien droit canonique, ou si l’on se réfèrera au nouveau (ce qui semble logique), que la Fraternité refuse pourtant, à la suite de Mgr Lefebvre.

 

  • Le 4 août 2015, dans une conférence donnée à Fanjeaux aux religieuses et aux fidèles, Mgr Fellay annonce : « Je crois que le moment est venu que la Tradition ait sa place dans l’Église».

 

  • Le 12 août 2015, Mgr Schneider déclare : « Il n’y a pas, à ma connaissance, de raisons majeures pour refuser la reconnaissance canonique officielle au clergé et aux fidèles de la Fraternité, en même temps qu’ils devraient être acceptés tels qu’ils sont».[19]

 

  • Le 1er septembre 2015, à la fin de sa bulle d’indiction du jubilé de la Miséricorde, le pape déclare : « J’espère que, dans un proche avenir, l’on pourra trouver les solutions pour retrouver une pleine communion avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité. Entre temps, animé par l’exigence de répondre au bien de ces frères, j’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année Sainte de la Miséricorde, s’approcheront pour célébrer le sacrement de la réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, recevront une absolution valide et licite de leurs péchés». Le 3 septembre, La Porte Latine publie sans aucune réserve le commentaire de M. l’abbé Petrucci, supérieur du District d’Italie : « Ce que le pape a fait est incroyable, magnifique. Nous sommes tous très heureux. […] Ce qui est important, c’est que, de la part du pape, il y ait une reconnaissance juridique sans demande de contreparti De fait, c’est la reconnaissance, en un certain sens, de la licéité de notre ministère, qui avait été remise en question ». Pourtant, cette bulle affirme explicitement que cette reconnaissance ne peut être considérée que comme un pas vers la « pleine communion » avec les autorités modernistes ; et elle remet en cause la validité des absolutions données par des prêtres de la Fraternité depuis 40 ans.
  • Fin 2016 (le 21 novembre), le pape François prolonge sans limite l’octroi de la juridiction pour les confessions ; et toujours, dans la perspective de cette fameuse « pleine communion ».
  • Je passe ici sur toutes les interviews où Mgr Fellay affirme que la reconnaissance canonique de la fraternité par l’Église conciliaire, par l’érection d’une prélature personnelle, serait un grand bienfait pour la Tradition. Ce serait trop long.
  • Et nous arrivons en 2017 : citons simplement les déclarations très explicites de Mgr Fellay sur TV Libertés, le 29 janvier dernier : entre autres : « Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’attendre que tout soit réglé dans l’Eglise, que tous les problèmes soient réglés [pour signer un accord] ». « Il manque le tampon. Et puis aussi justement, l’affirmation claire et nette qu’on respectera ces garanties. […] C’est au pape de le faire». Ce n’est qu’un échantillon des nombreuses erreurs de cette interview[20].
  • Le 4 avril, survient la « régularisation » des mariages.

Je m’excuse d’avoir été aussi long dans cette chronologie. Cependant, cinq ans d’événements, passés plus ou moins inaperçus chez la plupart des fidèles, ne se résument pas en trois mots, sous peine d’en fausser le sens.

Ce que j’ai voulu montrer en retraçant ces faits, c’est que, comme il était impossible de considérer le Jubilé de la miséricorde indépendamment des 50 ans de Vatican II, de même, il est impossible de considérer la régularisation des confessions, et la pseudo régularisation des mariages, indépendamment du contexte depuis 2012 au moins dans la Fraternité : contexte qui n’est autre que celui de ces fameux « paliers » vers une « pleine communion » d’essence moderniste.

Ce contexte montre qu’il était impossible pour M. l’abbé Bouchacourt ou pour Mgr Fellay, en condamnant cette lettre, d’ignorer le FOND du problème. Il est faux que cette question se limite au seul problème des mariages, qui est la face émergée de l’iceberg. La face immergée, beaucoup plus importante, est celle des accords.

Et comme la partie émergée annonce sûrement la partie immergée, la lettre des doyens était explicite : « Qu’il nous soit permis d’exprimer notre grand étonnement au sujet de cette décision romaine et de l’écho qu’elle a reçu. La prélature personnelle que l’on fait miroiter à la Fraternité Saint-Pie X était censée nous reconnaître tels que nous sommes, et nous garder dans l’indépendance à l’endroit des Ordinaires du lieu. Or les premières décisions prises consistent à soumettre injustement nos mariages à ces Ordinaires, avant de conditionner demain l’ouverture de nos nouvelles Maisons à leur approbation. C’est dire combien la duplicité de langage ne règne pas seulement dans le domaine de la foi et de la morale, mais encore dans ces questions canoniques ».

La condamnation de Mgr Fellay porte donc, non sur la seule forme de la lettre des doyens (si tant est qu’elle soit condamnable, comme nous l’avons dit), mais bien sur le FOND.

Simple remarque : si vraiment Mgr Fellay n’avait rien à reprocher sur le fond à cette lettre, pourquoi l’avoir condamnée pour une simple raison de forme ? Ce serait à la fois ambigu et imprudent :

  • Ambigu, parce que la forme et le fond sont intimement liés. La forme est là pour servir le fond. Condamner la forme en prétendant ne pas considérer le fond, c’est étrange. Un texte bon sur le fond, mais dont la forme de promulgation serait mauvaise, ne devrait être condamné que si la malice de cette forme prend le pas sur la bonté du fond. Autrement dit, si la malice d’un des deux éléments constitutifs rend mauvais l’ensemble. Ici, ce n’est pas le cas. Si l’on considère la forme comme mauvaise, il n’en reste pas moins que c’est la bonté du fond qui, dans le présent cas, prend le pas sur la malice de la forme. Pourquoi ? Parce que le fond n’est pas seulement bon mais excellent ; parce qu’il concerne un sujet grave ; parce que cette prise de parole étant devenue nécessaire, il était plus louable de faire quelque chose de bon, même condamnable sur la forme, que de ne rien faire du tout.

 

  • Imprudent, parce que ce sujet des mariages et celui des accords sont des sujets sensibles, surtout en ce moment, au sein de la Tradition. Il est donc évident qu’une condamnation d’un tel texte, prétendument sur la forme, serait interprétée par la plupart comme une condamnation totale du fond comme de la forme, semant par là le trouble.

Je ne prends pas Mgr Fellay ni M. l’abbé Bouchacourt pour des « simplets ». Ils n’ignoraient pas ce que je viens de dire quant à une condamnation purement formelle d’un texte aussi grave. Mgr Fellay a donc condamné M. l’abbé de La Rocque et les autres doyens, en toute connaissance de cause. Il est peu crédible de croire qu’il aurait occasionné de tels remous pour une simple question de forme, s’il était d’accord avec les doyens sur le fond.

La lettre des doyens est donc bien condamnée sur le fond.

C’est grave. La Fraternité est réellement coupée en deux sur une question cruciale : peut-on signer un accord avec la Rome moderniste, avant qu’elle ne se soit convertie ?

  1. Que penser du document présenté par Menzingen, censé remplacer l’analyse des doyens ?

Je ne m’étendrai pas sur ce document, comme je l’ai fait pour le « commentaire autorisé » du 11 avril. En effet, l’analyse de Menzingen, sur les points essentiels, ne diffère pas sensiblement dudit commentaire. Elle est surtout plus développée. Il faudra sans doute en faire une critique précise et détaillée. Mais ceci rallongerait trop ce texte.

Le lecteur pourra donc trouver la réfutation des erreurs les plus graves, dans notre petite analyse du commentaire du 11 avril, plus haut. En résumé, cette analyse de Menzingen ne tient surtout aucun compte du danger qu’il y a à se laisser mettre sous la coupe directe ou quasi directe d’autorités modernistes…

  • Une fois l’acte posé, et les sanctions tombées, que devons-nous faire ?

J’en reviens, maintenant que les choses sont plus claires, à la situation des fidèles.

  1. Le nécessaire rétablissement de la vérité

De ce que nous avons dit avant, il est d’abord manifeste que la vérité a été bafouée. La vérité a été condamnée. Il a été demandé à la vérité de se retirer de nos chaires, de nos tables de presse, de nos églises. Cet outrage à la vérité demande réparation.

Il demande réparation, à cause de l’injustice commise envers les doyens, et plus particulièrement envers l’abbé de La Rocque.

Il demande réparation, à cause du scandaleux mensonge dont sont victimes la grande majorité des fidèles, par ignorance et désinformation, par la confiance naturelle et légitime dont ils honorent des autorités qui n’en sont plus dignes.

Il demande réparation, enfin, à cause de la vérité elle-même, laquelle mérite d’être dite haut et fort, à tous et sans atténuation. Ce prix de la vérité est cher au chrétien plus qu’à tout autre, parce que le chrétien peut brandir comme étendard cette parole du Christ : « Je suis la Vérité ».

 

L’amour de la vérité se mesurant, comme le disait Ernest Hello, à la détestation de l’erreur[21], il faut absolument que, dans le cas présent, la vérité soit rétablie, et l’erreur dénoncée. Le mensonge ayant été public, la proclamation de la vérité et la dénonciation de l’erreur doivent également, pour que justice soit faite, se faire de manière publique.

Les prêtres de la Fraternité peuvent difficilement le faire, car visiblement, leurs têtes tomberaient aussi.

C’est donc à nous, fidèles, de remettre la vérité à sa place, par les moyens qui sont à notre disposition, et de ne pas laisser passer l’erreur « comme une lettre à la poste », ce qui est l’une des grandes faiblesses des catholiques du XXIe siècle.

  1. Le danger réel qui menace la Fraternité

On ne peut saisir, non seulement le droit, mais la NÉCESSITÉ absolue d’une réaction des fidèles, si l’on ne considère pas le danger réel qui menace la Fraternité, bastion le plus important par son étendue, de la Tradition et de la résistance à Vatican II.

 

Par les éléments mentionnés dans la chronologie succincte des évolutions de la Fraternité par rapport à Rome, par cette condamnation de prêtres s’opposant ouvertement à un accord pratique sans accord doctrinal – condamnation qui n’est pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière -, le lecteur se rendra compte que la Fraternité est actuellement en danger.

 

Le passé a montré que le ralliement, c’est la mort : la mort doctrinale, la mort de la dénonciation des erreurs, le silence sur les scandales modernistes, le silence sur le découronnement du Christ-Roi. Et du silence, du refus tacite, on finit par passer à l’acceptation tacite, puis ouverte. On finit par légitimer des erreurs, à grands renforts de sophismes, pour justifier sa position.

 

Ce processus de mort cérébrale n’a aucun rapport avec le fait d’être reconnus tels que nous sommes, sans contrepartie, ou au contraire de signer une déclaration doctrinale. Dans le second cas, le cancer avance souvent plus vite. Mais dans le premier cas, il avance quand-même : car le vice principal, la tumeur, ce n’est pas une concession sur le moment de l’accord. C’est l’accord lui-même avec une autorité moderniste. C’est le fait même de se placer sous une autorité qui poursuit un but opposé au nôtre. Or, que l’on passe un accord pratique avec une déclaration doctrinale, ou que l’on soit simplement « reconnus » canoniquement, « tels que nous sommes », nous nous plaçons toujours sous cette autorité. Après cela, soit l’on périra sous les méthodes staliniennes qu’a employé François face aux franciscains de l’Immaculée ; soit, tout doucement, nous serons ébouillantés par une eau que nous n’aurons pas vu chauffer peu à peu.

 

Tels que nous sommes, nous dit-on ? « On nous répète « Nous reconnaître tels que nous sommes ». Est-ce un argument ou un slogan ? « Tels que nous sommes » est clairement une boîte qui n’explicite rien. En soit « tels que nous sommes » c’est : en rupture de fait d’avec les autorités officielles et en refus du Nouveau Code. Or, on nous sert justement l’un et l’autre. Affirmer une grande idée ambiguë pour couvrir une opération, c’est de la subversion »[22].

 

Nous ne nous voulons pas de cet accord, nous ne voulons pas de ce danger inutile. Nous ne nous réjouissons pas d’être « reconnus » par des autorités modernistes, en rupture avec la Tradition de l’Eglise. Encore une fois, avec les supérieurs de la Fraternité de 1988, « Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles ».

 

C’est compte tenu de cet immense danger, que nous considérons notre DEVOIR de réagir publiquement, pour alerter les fidèles trop aveuglés, que nous nous dirigeons droit dans la gueule du loup.

  1. Une réaction publique des fidèles est-elle : légitime ? nécessaire ?

Il faut d’abord rappeler le rôle essentiel des fidèles dans le contexte du combat de la Foi, de la Tradition. Bien sûr, ce rôle est différent de celui des prêtres. Mais il est plus important qu’il ne le serait si tout était normal.

En effet, les prêtres de la Tradition, ne disposant pas de juridiction ordinaire, donnent les sacrements selon une juridiction dite « extraordinaire », prévue par l’Église en cas de nécessité. Depuis le concile Vatican II, cet état de nécessité est présent, parce que le Concile a proféré de nombreuses erreurs, déjà condamnées par les papes précédents. Ces erreurs modernistes graves déterminent pour les fidèles la nécessité de se séparer des prêtres s’y conformant, ou des prêtres qui ne les dénoncent pas, parce que placés sous l’autorité des modernistes aujourd’hui à la tête de l’Église.

Par conséquent, les prêtres de la Tradition ne peuvent pas s’installer n’importe où, si cet état de nécessité n’est pas présent, n’ayant pas la juridiction ordinaire. Ils s’installent donc là où des fidèles désireux de garder la Tradition les demandent, et y développent leur apostolat. On comprend mieux, avec ce rappel, le rôle important qu’ont aujourd’hui les fidèles.

De plus, au niveau des faits, les œuvres de la Tradition proviennent toutes des dons et du temps des fidèles : écoles, chapelles, prieurés, etc. L’Église St Nicolas elle-même n’aurait pas été prise sans la combattivité de ces fidèles. Certes, un don est un don, et les fidèles n’ont pas un droit de regard permanent sur ce que font les prêtres de leur argent et de leur énergie. Ils n’ont pas ce droit tant que le but, la destination, en est respectée. Mais, à partir du moment où des prêtres ou évêques de la Tradition, se mettraient à utiliser tout ce que les fidèles ont permis d’obtenir, pour un but détourné, (autre que celui de la pleine conservation du dépôt de la foi, sans compromission avec les autorités modernistes), alors ces fidèles ont non seulement le droit, mais le DEVOIR, de réagir.

Or, quand M. l’abbé de La Rocque lit en chaire la lettre des doyens, il respecte pleinement – mieux, il honore – le rôle qu’a l’église saint Nicolas du Chardonnet, d’être le phare de la Tradition. Il va vers le but légitime d’affermir ses fidèles dans la vérité.

Au contraire, quand Mgr Fellay sanctionne violemment l’abbé de La Rocque, il dépasse les limites de ses pouvoirs. Les pouvoirs du supérieur de la Fraternité sont légitimés par l’état de nécessité ; aussi ne doivent-ils concourir qu’à la sauvegarde de la Tradition, qu’à la protection des âmes des fidèles face aux erreurs modernistes. Bien sûr, il a des pouvoirs disciplinaires sur les membres de la Fraternité. Mais l’usage de ces pouvoirs disciplinaires ne doit viser qu’à la conservation de l’unité autour de la vérité.

Quand l’abbé Bouchacourt vient annoncer en chaire aux fidèles, que leur pasteur est déchargé de ses fonctions, pour avoir dit la vérité et rassuré son troupeau, j’ose dire qu’il vole saint Nicolas à ceux qui l’ont conquis, et à leurs successeurs. Saint-Nicolas du Chardonnet a été conquis pour résister au modernisme, et cette église est effectivement devenu le symbole de cette résistance. L’abbé Bouchacourt ne peut en aucun cas utiliser sa position de supérieur de district, pour venir y défendre la position de ceux qui acceptent un accord avec l’Église conciliaire. En le faisant, il a détourné cette église du but pour lequel elle a été prise. Il fait à l’échelle de saint Nicolas, ce que Mgr Fellay fait à l’échelle de la Fraternité.

Si j’étais agent du fisc, j’appellerais ça tout simplement du détournement d’argent public. L’argent dit public est de l’argent privé mis à la disposition des gouvernants, pour qu’ils l’utilisent pour le bien commun. Lorsqu’ils le détournent pour un autre intérêt, il convient de le leur retirer, pour le faire servir à son vrai but. Mutatis mutandis, c’est ici la même chose. Saint-Nicolas n’appartient pas à la Fraternité, encore moins à Mgr Fellay ou autres ; il n’appartient pas non plus aux fidèles. Saint-Nicolas appartient à la Tradition. En exclure un prêtre parce qu’il a défendu la Tradition, c’est détourner Saint-Nicolas de sa vocation, c’est l’usurper.

Dimanche 14 mai, se lever et sortir, pour dénoncer publiquement l’erreur, rétablir la vérité, et rappeler la vraie et unique vocation de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, était donc un acte LÉGITIME et NÉCESSAIRE. Il est temps, pour les fidèles n’ayant pas osé le faire, et pour les fidèles aveuglés ou perplexes de la Tradition en général, d’ouvrir les yeux : le ralliement à Rome arrive, gros comme une maison.

La question n’est pas d’être « dans » ou « hors » de la Fraternité. Cette question regarde les prêtres. Nous devons prier pour qu’ils prennent la meilleure décision, au meilleur moment. Vous fidèles, n’avez pas d’engagement particulier ; vous êtes engagés envers la Tradition. Tant que la Fraternité demeure le véhicule de la Tradition, sans compromis avec l’Église conciliaire, continuez à vous adresser à ses prêtres.

Mais attention ! Je vous parle en tant que simple fidèle, pour vous dire ceci :  il faut rester clairvoyants. Il faut considérer que, si de nombreux prêtres de la Fraternité, et notamment la grande majorité dans le district de France, sont tout-à-fait solides, les chefs, eux, ne le sont plus. Or, comme le disait Mgr Lefebvre : « Ce sont les supérieurs qui font les inférieurs », et non l’inverse. Les chefs commandent, et si demain, ils signent un accord, alors les prêtres fidèles devront faire leurs valises, s’ils veulent rester intègres. Et les fidèles, eux, devront accepter de quitter leurs paroisses actuelles.

D’aucuns me trouveront pessimiste. C’est faux : je suis réaliste. Je ne dis pas qu’il y aura forcément cet accord, je dis que tous les signes actuels nous annoncent qu’il aura probablement lieu. Après la réaction des doyens, je suis, plus que jamais, plein d’espoir : si nous sommes derrière nos prêtres, que nous prions pour eux et que nous les encourageons, il reste un espoir, peut-être de sauver la Fraternité, avec tout le bien qu’elle nous apporte, avec son expansion formidable sur toute la terre. Mais surtout, un véritable espoir que, avec ou sans la Fraternité, nous continuerons à avoir des prêtres fidèles au bon combat de la foi.

Mais pour cela, chers fidèles, il est temps de se lever. Vous n’en avez pas que le droit, vous en avez le DEVOIR. Désormais, la situation de la Fraternité, et surtout de la Tradition, est entre vos mains. Ne vous laissez plus faire, rejoignez les rangs de ceux qui se sont levés à Saint-Nicolas, puisque vous voyez maintenant qu’ils ont bien fait.

Chacun est appelé au combat de la foi. Peu importe quand il répond à cet appel. Les ouvriers de la 11e heure seront aussi bien payés que les premiers.

 

Michel de Gaume

 

(Détestant les lettres non signées, j’invite les lecteurs qui ne seraient pas d’accord avec certains aspects de cette lettre, à ne pas hésiter à m’écrire à cette adresse : micheldegaume@gmail.com).

[1] Source : http://tradinews.blogspot.fr/2017/05/peregrinus-le-forum-catholique-anarcho.html

[2] Il convient de rappeler, en effet, que la fameuse commission Ecclesia Dei dont l‘on parle si souvent, a pour nom complet « Ecclesia Dei adflicta » : « l’Église de Dieu affligée ». Affligée ? Oui, affligée par les sacres de 1988, qui ont sauvé la Tradition de l’Église éternelle ! Cette commission a été créée après le Motu proprio du même nom, du 2 juillet 1988, rappelant l’excommunication de Mgr Lefebvre et des quatre évêques consacrés, et ouvrant la porte aux nouveaux ralliés. Cette commission, comme la Fraternité saint Pierre au même moment, s’est créée sur l’excommunication de Mgr Lefebvre. Aujourd’hui, c’est elle qui traite avec la Fraternité saint Pie X. Les symboles comptent.

[3] Préface du Bref examen critique de la nouvelle messe par les Cardinaux Ottaviani et Bacci, 1969.

[4] Expression employée dans la lettre des doyens.

[5] Lettre des doyens.

[6] « Si le texte m’avait été remis personnellement, il aurait été communiqué à la Maison générale. Ses atouts et ses faiblesses (car il en a) auraient alors été étudiés ». Source : http://tradinews.blogspot.fr/2017/05/anne-le-pape-present-le-combat-de-la.html

[7] Source : http://www.medias-presse.info/mariages-dans-la-fsspx-lettre-des-doyens-en-defense-de-nos-pretres/74152/

[8] Source : http://www.medias-presse.info/question-dun-lecteur-la-lettre-des-7-doyens-etait-elle-subversive-ou-revolutionnaire/74021/

[9] « Egalement ont été mieux définies [pendant le chapitre] les Conditions préalables à une éventuelle normalisation de nos relations avec l’Eglise officielle :

Conditions sine qua non que la Fraternité s’impose et qu’elle réclame des autorités romaines avant d’envisager une reconnaissance canonique

  1. Liberté de garder, transmettre et enseigner la saine doctrine du Magistère constant de l’Eglise et de la vérité immuable de la Tradition divine ; liberté de défendre, corriger, reprendre, même publiquement, les fauteurs d’erreurs ou nouveautés du modernisme, du libéralisme, du concile Vatican II et de leurs conséquences,
  2. User exclusivement de la liturgie de 1962. Garder la pratique sacramentelle que nous avons actuellement (y inclus : ordres, confirmation, mariage) ;
  3. Garantie d’au moins un évêque.

Conditions souhaitables :

  1. Tribunaux ecclésiastiques propres en première instance ;
  2. Exemption des maisons de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X par rapport aux évêques diocésains ;
  3. Commission Pontificale à Rome pour la Tradition en dépendance du Pape, avec majorité des membres et présidence pour la Tradition ».

(Extrait de la lettre Circulaire n02012 – 05/06/07 aux Supérieurs de districts, séminaires, maisons autonomes, en date du 18 juillet 2012, et signé par M. l’abbé Thouvenot).

[10] Nous laissons le lecteur se reporter au texte de la Déclaration : (http://cristiadatradicinalista.blogspot.fr/2013/08/declaration-doctrinale-de-mgr-fellay-le.html)

Et à la critique qu’en a faite M. l’abbé de Jornat : ( http://cristiadatradicinalista.blogspot.fr/2013/11/critique-de-la-declaration-doctrinale.html)

[11] « Dans la Fraternité, on est en train de faire des erreurs du Concile des super hérésies, cela devient comme le mal absolu, pire que tout de la même manière que les libéraux ont dogmatisé ce concile pastoral. Les maux sont déjà suffisamment dramatiques pour qu’on ne les exagère pas davantage ».

[12] « Au point qu’à la question cruciale entre toutes, celle de la possibilité de survivre dans les conditions d’une reconnaissance de la Fraternité par Rome, nous n’arrivons pas à la même conclusion que vous ».

[13] « Cela est grave parce que cette caricature n’est plus dans la réalité et elle aboutira logiquement dans le futur à un vrai schisme. Et peut-être bien que ce fait est l’un des arguments qui me pousse à ne plus tarder à répondre aux instances romaines ».

[14] « On fait endosser aux autorités présentes toutes les erreurs et tous les maux que l’on trouve dans l’Eglise en délaissant le fait qu’elles essaient au moins en partie de se dégager des plus graves d’entre elles (la condamnation de « l’herméneutique de la rupture » dénonce des erreurs bien réelles) ». Pourtant, cette condamnation de l’herméneutique de la rupture se fait au profit de la promotion de l’herméneutique de la continuité, subtilité de Benoît XVI expliquant que le concile Vatican II n’était pas en contradiction, mais en prolongement de la Tradition.

[15] Ici encore, nous conseillons au lecteur soucieux de vérité d’aller lire cette lettre ouverte (http://tradinews.blogspot.fr/2012/10/mgr-williamson-rivarol-lettre-ouverte.html).

[16]On pourra trouver ce texte (format pdf) notamment ici : http://www.dominicainsavrille.fr/ladresse-aux-fideles/

Il nous semble intéressant de mentionner ici un extrait de l’explication du P. Bruno intitulée : Pourquoi j’ai signé notre « adresse aux fidèles » : « Le quatrième paragraphe mentionne trois éléments : une Déclaration doctrinale ; l’exclusion de membres de la Fraternité ; la condamnation d’un livre.

1) « La Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 » : ce texte présenté à Rome par Mgr Fellay est scandaleux et inacceptable. Pour ne prendre qu’un exemple, il reconnaît la légitimité de la promulgation de la nouvelle messe. Qui plus est, lorsqu’un an plus tard ce document a été publié dans Cor unum, Mgr Fellay a prétendu avoir fait « comme Mgr Lefebvre en 1988 ». Il y a là objectivement une grave offense à la mémoire de Monseigneur : jamais celui-ci n’a admis la légitimité de la promulgation de la « messe bâtarde », ainsi qu’il la qualifiait dans un mémorable sermon de 1976.

2) « L’exclusion d’un évêque et de nombreux prêtres » : il convient d’y ajouter d’autres sanctions, particulièrement la condamnation de M. l’abbé Pinaud. Que la sentence soit nulle et invalide n’enlève rien à son caractère véritablement odieux.

Ce deuxième point est étroitement lié au premier : il est très significatif que le texte qui frappe l’abbé Pinaud d’une suspense accuse notre confrère d’avoir affirmé que la Déclaration du 15 avril constituait « un péril pour la foi », ce qui est parfaitement exact.

3) « La condamnation du livre Mgr Lefebvre, Nos rapports avec Rome » : celle-ci s’appuie sur une étude de 16 pages, non signée, mais dont M. l’abbé Thouvenot précise qu’elle « corrobore substantiellement le jugement » de Mgr Fellay. Cette « recension » comporte des passages proprement scandaleux. Relevons celui qui est sans doute le plus grave : l’auteur de cette note qui corrobore substantiellement le jugement de Mgr Fellay reproche à M. l’abbé Pivert de « se focaliser sur des aspects particuliers » (p. 7). Et l’exemple qu’il donne aussitôt est celui… du Christ-Roi. Aspect particulier ? C’est tout au contraire l’idée maîtresse de Mgr Lefebvre ! « Nous devons en être toujours préoccupés [du règne de Notre-Seigneur] » (sermon pour la fête du Christ-Roi, 1978). « Il faut que nous soyons, je dirais, presque obsédés par cette nécessité, par ce besoin de méditer ce mystère de Notre-Seigneur et de répandre son règne. Nous n’avons pas d’autre but, d’autre raison d’être prêtres que de faire régner Notre-Seigneur Jésus-Christ » (conférence à Écône, 3 juin 1980)… Voilà des pensées très générales, diront certains. Mais quand il s’agit plus précisément des relations avec Rome, c’est très justement que « l’abbé Pivert avance que ‘c’est sur cette fidélité [au Christ-Roi] que se joue tout le drame entre Écône et Rome’ » (p. 7). Qu’on en juge d’après les paroles mêmes de Monseigneur : « La vraie opposition fondamentale est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Oportet illum regnare, il faut qu’il règne, nous dit saint Paul, Notre-Seigneur est venu pour régner. Eux disent non, et nous nous disons oui, avec tous les papes » (conférence à Sierre, 27 novembre 1988). Lorsqu’en 1976 le nonce prétend que le règne social de Notre-Seigneur n’est plus possible, et que le pape n’écrirait plus aujourd’hui l’encyclique Quas primas (Pie XI), le prélat s’indigne : « Nous ne sommes plus de la même religion ! […] S’il y a quelque chose que nous avons cherché toute notre vie, c’est le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (conférence à Écône, 20 août 1976). Et en 1987, lors d’une conférence aux prêtres, il rapporte sa réponse au cardinal Ratzinger : « Notre apostolat, c’est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà ce que nous sommes. Et vous, vous faites le contraire » (Écône, 4 septembre 1987).

[17] On se reportera pour le détail au texte des dominicains d’Avrillé intitulé : Comment voir clair dans a situation actuelle de la Tradition (censé ne pas être sur Internet ; présent sur la table de presse des dominicains).

[18] Mgr Fellay précisera par la suite que ce pouvoir lui est accordé depuis 10 ans : sans que personne (ou presque en tous cas) n’en sache rien !

[19] Entretien donné au site rallié Rorate Caeli

[20] On trouvera l’intégralité de la transcription de l’interview ici : http://laportelatine.org/publications/entret/2017/170129_mgr_fellay_maugendre_tv_libertes/170129_mgr_fellay_maugendre_tv_libertes_transcription.php

[21] « Quiconque aime la vérité déteste l’erreur. […] cette détestation de l’erreur est la pierre de touche à laquelle se reconnaît l’amour de la vérité. Si vous n’aimez pas la vérité, vous pouvez jusqu’à un certain point dire que vous l’aimez et même le faire croire : mais soyez sûr qu’en ce cas vous manquerez d’horreur pour ce qui est faux, et à ce signe on reconnaîtra que vous n’aimez pas la vérité. Quand un homme qui aimait la vérité cesse de l’aimer, il ne commence pas par déclarer sa défection ; il commence par moins détester l’erreur. C’est par là qu’il se trahit» (Ernest Hello, L’homme, 40ème éd., Perrin, 1941, p. 214-215).

[22] Source : http://www.medias-presse.info/question-dun-lecteur-la-lettre-des-7-doyens-etait-elle-subversive-ou-revolutionnaire/74021/

 

Une réflexion sur “Il est temps de se lever

  1. «Par contre je pense qu’à la prochaine rencontre, ou avant la prochaine rencontre d’ailleurs, s’ils me demandent vraiment ce colloque, c’est moi qui leur poserai des questions. C’est moi qui les interrogerai, pour leur dire : – Quelle Église êtes-vous ? À quelle Église avons-nous affaire — moi je voudrai savoir —, si j’ai affaire à l’Église catholique, ou si j’ai affaire à une autre Église, à une Contre-Église, à une contrefaçon de l’Église ?… Or je crois sincèrement que nous avons affaire à une contrefaçon de l’Église et non pas à l’Église catholique. Pourquoi ? Parce-ce qu’ils n’enseignent plus la foi catholique. Ils ne défendent plus la foi catholique. Non seulement ils n’enseignent plus la foi catholique et ne défendent plus la foi catholique, mais ils enseignent autre chose, ils entraînent l’Église dans autre chose que l’Église catholique. Ce n’est plus l’Église catholique. Ils sont assis sur le siège de leurs prédécesseurs, tous ces cardinaux qui sont dans les congrégations et tous ces secrétaires qui sont dans ces congrégations ou à la secrétairerie d’État ; ils sont bien assis là où étaient leurs prédécesseurs, mais ils ne continuent pas leurs prédécesseurs. Ils n’ont plus la même foi, ni la même doctrine, ni la même morale même que leurs prédécesseurs. Alors ce n’est plus possible. Et principalement, leur grande erreur, c’est l’œcuménisme. Ils enseignent un œcuménisme qui est contraire à la foi catholique.

    Et je dirai : – Que pensez-vous des anathèmes du Concile de Trente ? Que pensez-vous des anathèmes de l’Encyclique “Autorem Fidei” sur le Concile de Pistoie ? Que pensez-vous du “Syllabus” ? Que pensez-vous de l’Encyclique “Immortale Dei” du Pape Léon XIII ? Que pensez-vous de la “lettre sur le Sillon” par le Pape Saint Pie X ? de l’Encyclique “Quas Primas” du Pape Pie XI, du “Mortalium Animos” justement du Pape Pie XI contre l’œcuménisme, contre ce faux œcuménisme ? et ainsi de suite… Pensez-vous tout cela ? Qu’ils me répondent ! Qu’ils me répondent s’ils sont toujours d’accord avec tous ces documents des papes, avec tous ces documents officiels qui définissent notre foi. Ce ne sont pas des documents quelconques, ce ne sont pas des allocutions ou des conversations privées des papes, ce sont des documents officiels qui engagent l’autorité du pape. Alors ?… »

    — Extrait d’une conférence donnée aux séminaristes d’Écône le 8 juin 1978 par Monseigneur Marcel Lefebvre —

    En réalité, Mgr Lefebvre a lui-même varié en fonction des circonstances qui se présentaient. Aussi, chacun le tire de son côté comme les draps du lit.
    Mais Mgr Williamson a raison : « Le vrai Mgr Lefebvre, on le trouve dans un acte : les sacres de 1988 ».

    N’oublions pas que nous serons jugés pour avoir été fidèle à la foi, et non pas seulement à la position de telle ou telle personne.
    Or « il ne peut relever de la volonté divine de mettre son salut éternelle sous des autorités qui ne professent pas la foi catholique » comme le rappelait récemment l’abbé De La Rocque, désormais exilé. Dire par conséquent que ces questions sont de l’ordre prudentiel, c’est certainement passer à côté du plus important.

    « Après cela, je vis descendre du ciel un autre ange, qui avait une grande puissance; et la terre fut illuminée de sa gloire. Il cria d’une voix forte, disant: « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande! Elle est devenue une habitation de démons, un séjour de tout esprit impur, un repaire de tout oiseau immonde et odieux,parce que toutes les nations ont bu du vin de la fureur de son impudicité, que les rois de la terre se sont souillés avec elle, et que les marchands de la terre se sont enrichis par l’excès de son luxe. Et j’entendis du ciel une autre voix qui disait: « Sortez du milieu d’elle, ô mon peuple, afin de ne point participer à ses péchés, et de n’avoir point part à ses calamités; car ses péchés se sont accumulés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités.» Apoc. 18, 1-5

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