Les réflexions des «théologiens» de l’abbé Bouchacourt

Voici les réflexions des théologiens de l’abbé Bouchacourt.

À lire ces réflexions, on se rend compte que ses auteurs ne tiennent pas compte du tout du fait qu’il est contraire à notre foi de se mettre sous la juridiction, sous l’autorité de ceux qui ne professent pas la foi catholique.

Canada Fidèle

Quelques réflexions
à propos de la Lettre sur les mariages

 

1. Le 27 mars 2017, le cardinal Müller, président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signait, par mandat du pape François, une Lettre adressée aux évêques du monde entier « au sujet des permissions pour la célébration de mariages de fidèles de la Fraternité Saint-Pie X ». Les lignes qui suivent proposent quelques réflexions à propos de cette Lettre.

L’origine de la forme canonique du mariage.

2. Sauf exception prévue par le Droit, pour être valide, tout mariage contracté dans l’Eglise entre catholiques doit être contracté « devant le curé ou l’Ordinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l’un d’entre eux et devant deux témoins » (canon 1094 du Code de 1917). Cette disposition juridique trouve son origine dans les décisions du concile de Trente (décret Tametsi), confirmées par saint Pie X (décret Ne temere). Le nouveau Code de 1983 n’a fait que reprendre cela.

 

Le cas d’exception prévu par le Droit.

3. Le respect de cette forme canonique n’est pas toujours possible, et il est bien entendu contraire à l’esprit du Droit de l’Eglise de l’imposer au détriment du bien des fidèles. Ce Droit prévoit donc explicitement les situations où « il n’est pas possible d’avoir ou d’aller trouver sans grave inconvénient le curé, ou l’Ordinaire, ou le prêtre délégué » (canon 1098 du Code de 1917). En pareil cas, « le mariage contracté devant les seuls témoins est valide et licite… pourvu qu’en toute prudence, il faille prévoir que cette situation durera un mois ». Il est précisé que « si un autre prêtre pouvait être présent, il devrait être appelé et assisterait, avec les témoins, au mariage, le mariage étant toutefois valide devant les seuls témoins ». Dans les faits, la jurisprudence a évolué dans un sens de plus en plus favorable à l’application de ce canon 1098. Bien entendu, cette mesure, même si elle peut s’avérer fréquente, voire régulière, reste une exception et l’on ne peut y recourir que dans le cas où la forme canonique normale n’est pas possible. Mais à l’inverse, tant que dure cette impossibilité, le recours à la mesure d’exception demeure légitime, incontestable et même nécessaire.

Légitimité de la forme du mariage dans le contexte actuel de la Fraternité Saint-Pie X et de la Tradition.

4. La crise suscitée dans l’Église par le concile Vatican II et ses réformes subséquentes représente ce genre de situations, où les futurs époux sont dans l’impossibilité de se marier en respectant la forme canonique prévue par le Droit. Il s’agit là d’une impossibilité non point physique, comme lorsque les deux futurs se trouvent sur une île déserte, mais morale, dans la mesure où le contact habituel avec les pasteurs pourvus d’une juridiction officielle dans l’Eglise conciliaire représente aujourd’hui beaucoup plus qu’un simple inconvénient : un danger grave pour la foi et les mœurs. Car la crise de l’Église est encore très loin d’être résorbée, elle s’aggrave même plutôt, notamment en ce qui concerne le mariage chrétien, comme viennent de le démontrer les deux synodes sur le mariage et l’exhortation apostolique Amoris lætitia. Il serait alors imprudent et même injuste d’obliger les fidèles à s’adresser à des ministres tous influencés, quoiqu’à des degrés divers, par un esprit qui n’est plus l’esprit catholique de la sainte Eglise.

5. Par conséquent, si, en temps normal, le Droit de l’Eglise prévoit la solution extraordinaire du canon 1098, il est à plus forte raison conforme à ce même Droit de considérer comme valides les mariages contractés en présence du prêtre de la Fraternité Saint-Pie X, à défaut d’un représentant de l’Eglise officielle. D’autant plus que les prêtres de la Tradition sont ici injustement privés de la juridiction dont ils devraient normalement jouir dans l’Eglise, pour le bien des âmes. En temps normal, l’exception se justifie déjà parce que les fidèles sont privés de la présence d’un prêtre ayant juridiction ; dans la crise présente de l’Eglise, il y a en plus une violence morale, parce que les prêtres catholiques se voient refuser injustement par la hiérarchie devenue moderniste la juridiction requise. Le canon 1098 vaut donc ici, mais encore plus et pour des raisons beaucoup plus graves que dans les autres situations. C’est pour traduire ce fait que l’on a pu employer l’expression d’une « juridiction de suppléance ».

 

6. Ceci explique d’ailleurs que les futurs époux attachés à la Tradition ne sont pas tenus, dans tous les cas, de chercher d’abord à obtenir la présence d’un prêtre ayant juridiction dans l’Eglise officielle, comme s’ils ne pouvaient recourir aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X qu’en désespoir de cause. D’une part, le recours à un ministre officiel représente quasiment toujours et partout l’occasion d’un grave danger pour la foi ou les mœurs : tant que le danger demeure, le devoir lui aussi grave d’éviter l’occasion de ce danger autorise les fidèles à recourir directement aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. D’autre part, ces derniers sont, comme leurs fidèles, victimes d’une violence injuste, et abusivement privés d’une juridiction qu’ils devraient normalement recevoir de la hiérarchie officielle, refus absolument contraire au Droit de l’Eglise : cette injustice, est actuellement un fait régulier et quasiment universel, sauf rares exceptions : tant qu’elle demeure elle aussi, elle autorise par elle-même les fidèles à recourir à de bons pasteurs.

La situation nouvelle créée par la Lettre du cardinal Müller.

7. Voilà pourquoi, si le danger et l’injustice viennent à cesser, ne serait-ce que relativement et sur un point donné, il ne serait pas conforme à la prudence de ne pas en tenir compte. Si, de fait, les autorités de la hiérarchie conciliaire envisagent de reconnaître aux prêtres de la Fraternité cette juridiction qui leur est due, pour la célébration des mariages, et si cette reconnaissance s’accomplit dans un contexte tel que la foi et les mœurs seraient mises hors de danger, il importe d’examiner avec soin cette possibilité. Il ne serait pas raisonnable de l’ignorer.

8. La Lettre du cardinal Muller mérite donc d’être examinée avec soin. Les dispositions qu’elle propose permettraient-elles de réaliser en toute sécurité des mariages parfaitement conformes à la Tradition ? Constitueraient-elles un piège pour la Tradition?

Les stipulations de la Lettre.

9. Cette Lettre est adressée aux évêques et elle leur concède la possibilité d’autoriser les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X à célébrer les mariages selon la forme canonique requise par le canon 1094. La Lettre envisage deux situations: soit un prêtreofficielest mandaté pour recevoir le consentement des époux (par exemple, le curé dans l’église duquel un mariage se déroule) ; soit la délégation est donnée directement au prêtre de la Fraternité Saint-Pie X pour recevoir lui-même les consentements. Cette deuxième hypothèse est, bien entendu, la meilleure et la plus sage. L’avenir montrera si elle est celle qui sera retenue le plus souvent.

Les inconvénients plus apparents que réels.

10. En recevant la juridiction des autorités conciliaires, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X se feraient-ils complices de la doctrine matrimoniale nouvelle et erronée issue du concile Vatican II ? En réalité, non. Pas plus en tout cas qu’en priant publiquement pour le Pape au Salut du Très Saint Sacrement ou en mentionnant son nom au canon de la messe. Tout au plus, les contacts rendus nécessaires avec les autorités conciliaires pour la transmission de cette juridiction pourraient-ils représenter un danger pour les fidèles, mais l’expérience montre que celui-ci reste très éloigné.

 

11. L’acceptation de l’usage proposé par la Lettre impliquerait-il la reconnaissance de la nullité des mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X en vertu du canon 1098 et de l’état de nécessité ? En réalité, non puisque l’état de nécessité suffit à assurer cette validité ; et d’autre part, les termes explicites de la Lettre du cardinal Müller n’impliquent pas non plus la reconnaissance d’une invalidité des mariages célébrés dans la Fraternité : on peut voir qu’elle évite de déclarer invalides les mariages célébrés jusqu’ici (ou même désormais) dans le cadre de la juridiction dite de suppléance. Elle se contente de dire qu’il s’agit d’éviter « les débats de conscience (…) et les doutes sur la validité du sacrement de mariage ». Il est certain que la doctrine la plus commune des officialités de France, probablement d’autres pays et peut-être même de la Rote romaine, est que les mariages célébrés dans le cadre de la Fraternité Saint-Pie X sont invalides de soi par défaut de forme canonique. En France, pratiquement tous les deux mois un mariage est annulé pour ce seul motif. Cependant, la Lettre ne reprend pas cette doctrine, et s’abstient de trancher cette question, même si, probablement, certains de ceux qui ont préparé cette Lettre admettent cette doctrine. Il n’est donc pas prouvé qu’accepter les stipulations de la Lettre reviendrait à accepter et cautionner ces scandaleuses déclarations de nullité, ou à admettre par le fait même que les mariages célébrés dans la Tradition selon la juridiction dite de suppléance seraient invalides.

12. En acceptant de recevoir des autorités officielles la juridiction pour un mariage, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X reconnaîtraient-ils qu’auparavant ils ne bénéficiaient pas de la juridiction pour marier ? En réalité, même s’ils ne bénéficient pas de la juridiction ordinaire prévue par le canon 1094, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X bénéficient de la « juridiction » dite « de suppléance » prévue aux termes du canon 1098. Dans ce dernier cas, il n’y a pas de juridiction ordinaire à avoir, ce type de mariage se caractérisant précisément par l’absence du témoin canonique. Le prêtre de la Fraternité assiste alors au mariage en tant que simple témoin, témoin particulièrement fiable, certes, mais non pas témoin canonique. Cela reste vrai, même si le refus de cette qualité canonique du témoin constitue une réelle injustice. En revanche, si un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X reçoit désormais délégation, à la suite de la Lettre du cardinal Müller, ce sera pour recevoir les consentements en tant que témoin canonique. En acceptant de recevoir cette délégation, les prêtres de la Fraternité reconnaîtront en pratique qu’ils en étaient dépourvus, sans reconnaître pour autant que cette privation était justifiée en raison d’une présupposée absence de pleine communion et sans reconnaître que les mariages qu’ils célébraient étaient invalides.

13. Accepter la Lettre reviendrait-il à faire dépendre des évêques et de la Curie romaine (ennemis farouches de la Tradition) la célébration des mariages selon le rite traditionnel? Tel serait le cas si la Fraternité Saint-Pie X renonçait de façon absolue et définitive à l’usage de la juridiction dite de suppléance en niant l’état de nécessité. Mais ce n’est aucunement ce qui est prévu. Le grave état de nécessité créé par la crise de l’Église reste plus que jamais d’actualité, et autorise sans aucun doute possible le recours, chaque fois qu’il en est besoin, à la juridiction dite de suppléance. Le profit tout pratique que la Fraternité pourra retirer de la Lettre du cardinal Müller n’implique pas une restriction de cette légitimité, mais donne le bénéfice d’une juridiction ordinaire. Et partout où l’usage de celle-ci s’avèrera difficile, voire impossible, le recours à la juridiction dite de suppléance demeurera parfaitement justifié comme jusqu’ici. Les évêques ne pourront donc pas faire un « chantage au mariage » vis-à-vis de la Fraternité Saint-Pie X, dans la mesure où le refus injustifié d’une délégation, aussi bien que d’autres circonstances objectives, autoriseront toujours l’usage des dispositions prévues par le canon 1098.

14. La Lettre sur les mariages ne s’inscrirait-elle pas en fait dans un processus conçu pour « ramener la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X dans la pleine communion » et n’exprimerait-elle pas une volonté de « ralliement » aux erreurs issues du concile Vatican II ? Dans l’intention des autorités romaines, oui, cela ne fait aucun doute puisque le cardinal Müller le dit explicitement, avec les expressions qui viennent d’être citées. Cependant, cette intention reste extrinsèque à l’avantage que peut représenter pour la Fraternité l’octroi d’une juridiction. Il en va ici de même que pour toutes les circonstances où la Fraternité utilise toutes les dispositions romaines dans son propre intérêt et dans celui de l’Eglise, en dépit des intentions et des finalités plus ou moins troubles des autorités officielles. Ainsi, les discussion doctrinales qui se sont déroulées en 2009-2011 furent-elles l’occasion de professer la foi catholique et de dénoncer les erreurs du concile Vatican II en présence des représentants du Souverain Pontife et à la face de toute la catholicité. Et ce, même si du côté de Rome ces entretiens avaient pour but de ramener la Fraternité dans la pleine communion. Pareillement, du côté de la Fraternité, l’usage de cette Lettre représente seulement l’amélioration d’une situation injuste, par la reconnaissance officielle d’une juridiction injustement refusée jusqu’ici. Et tant que l’injustice demeurera encore, le recours à la juridiction dite de suppléance restera légitime.

 

Les inconvénients réels.

15. Si la Fraternité Saint-Pie X accepte cet usage, serons-nous tenus, absolument et dans tous les cas, de faire une démarche pour obtenir au moins la délégation pour le prêtre de la Fraternité Saint- Pie X ? C’est à la prudence des supérieurs de donner la réponse, et il est probable que celle-ci ne pourra intervenir qu’au cas par cas. En tout état de cause, la Lettre a pour but explicite de faciliter cette démarche, comme le montrent d’ailleurs les dispositions prises par les premiers évêques qui ont réagi à cette Lettre. D’autre part, tout prêtre de la Fraternité Saint-Pie X qui a participé, de près ou de loin, à l’organisation d’un mariage dans une église paroissiale sait combien jusqu’ici les négociations étaient complexes et incertaines : il faut bien reconnaître que la Lettre pourrait simplifier les choses, dans un cas pareil. Mais si ce recours aux autorités diocésaines était l’occasion d’essuyer un refus, la juridiction de suppléance retrouverait tous ses droits.

16. Cependant, ce même recours pourra aussi être l’occasion de se voir imposer l’intervention d’un prêtre officiel dans un mariage célébré selon la Tradition, pour l’échange des consentements. Si le prêtre de la Fraternité Saint-Pie X a reçu délégation et célèbre le mariage, soit dans une église paroissiale, soit dans un lieu de culte de la Fraternité Saint-Pie X, le cas ne se pose pas car c’est lui qui reçoit les consentements. Si le prêtre de la Fraternité Saint-Pie X n’a pas reçu délégation et célèbre le mariage dans une église paroissiale, il est acceptable que le curé du lieu (ou son délégué), favorable à la Tradition, reçoive les consentements, comme cela se fait d’ailleurs déjà. En revanche, l’hypothèse où un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X, célébrant un mariage dans un lieu de culte de la Fraternité Saint-Pie X, ne recevrait pas délégation et devrait accueillir un prêtre officiel pour l’échange des consentements pose de gros problèmes prudentiels. Non pas, bien sûr, parce que cela signifierait que la Fraternité accepte ou cautionne les déviances de l’Eglise officielle en matière de mariage, mais parce que cette intervention d’un prêtre officiel représenterait un préjudice réel pour les fidèles. En effet, s’il est vrai que la présence du témoin canonique est une réalité premièrement juridique, la réalité juridique n’est jamais dissociable, dans le concret, de la réalité théologique et morale ; les qualités du prêtre qui reçoit les consentements ont ainsi leur importance, surtout dans le contexte de la crise de l’Eglise que nous connaissons. Nous ne saurions mettre sans discernement nos fidèles en contact avec un membre du clergé officiel, à l’occasion de la célébration de leur mariage. L’état de nécessité envisagé plus haut suffirait alors à rendre légitime le recours au prêtre de la Fraternité, injustement privé d’une juridiction qui devrait lui revenir, ne serait-ce que pour préserver ses fidèles d’un contact périlleux avec un prêtre officiel. D’autre part, la préparation au mariage est ordonnée au mariage. Et c’est un principe général qu’il appartient au même de causer à la fois la perfection et ce qui y prépare. Le même, c’est-à-dire non pas nécessairement le même individu, mais un individu représentant la même foi et la même morale de la même Tradition de l’Eglise. Or, force est de constater qu’en raison de la situation présente dans l’Eglise, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X et ceux de la hiérarchie officielle n’ont pas la même orientation doctrinale, morale et pastorale. Les bons fidèles y sont d’ailleurs très sensibles et on ne saurait leur imposer sans violence injuste de se marier devant un prêtre dont les orientations sont étrangères à celles qui leur ont été données lors de leur préparation.

17. Enfin, malgré toutes les nuances que nous avons pu faire valoir plus haut en notre n° 14, il reste indéniable que la Lettre du cardinal Müller est envisagée, dans l’esprit des autorités romaines, comme une étape vers « la pleine communion » et la pleine régularisation institutionnelle. Les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X, sans aucune contrepartie et sans remettre en cause la légitimité d’une juridiction de suppléance, ont prudemment jugé qu’il était légitime de tirer parti de cette initiative romaine.

Les avantages réels.

18. Le premier et le principal avantage serait non pas d’assurer mais de mettre en sécurité la validité d’une partie au moins des mariages célébrés dans le cadre de la Fraternité Saint-Pie X. En effet, la doctrine à peu près commune des officialités françaises (et d’ailleurs) est que ces mariages sont invalides de soi par défaut de forme, le grave état de nécessité né de la crise de l’Église n’étant pas reconnu. Autrement dit, il suffit que l’un des époux mariés dans le cadre de la Fraternité Saint- Pie X dépose une demande de nullité pour qu’automatiquement, certainement et sans autre motif, son mariage soit déclaré nul et qu’il puisse se remarier à l’église. Or, ceci, malheureusement, arrive régulièrement : en pratique, une telle sentence « tombe » en France à peu près tous les deux mois. Et ceci concerne bien, dans un certain nombre de cas, des personnes qui, au moment de leur mariage, étaient des fidèles sérieux et éclairés de la Fraternité Saint-Pie X. Mais les difficultés de la vie conjugale, les tentations de la facilité, l’altération du sens moral, les ont conduits à perdre de vue le sérieux de leur engagement, pour recourir à ce moyen commode de se libérer de leurs obligations matrimoniales. Les dispositions prises par Lettre en faveur des prêtres de la Fraternité rendront impossible une demande d’annulation pour défaut de forme canonique. Même si cela n’empêchera pas une demande d’annulation pour d’autres motifs, même mauvais, cela écartera au moins, sur ce seul chef du défaut de la forme canonique, le scandale de ces annulations sans motif, aussi bien que la bigamie du demandeur et l’injustice faite au conjoint innocent.

19. Le deuxième avantage serait de permettre d’agir avec miséricorde vis-à-vis du conjoint, ou des familles, qui ne seraient pas (entièrement) fidèles à la Fraternité Saint-Pie X. Il ne faut pas oublier qu’un mariage n’est pas seulement un acte personnel des deux futurs époux, mais qu’il constitue aussi une réalité familiale et sociale d’une grande portée. Tout mariage implique forcément les deux conjoints, mais également leurs deux familles et tout leur cercle de relation. Malheureusement, les familles des deux futurs époux ainsi que leurs amis ne partagent pas forcément l’analyse (vraie) de la Fraternité Saint-Pie X sur la situation de l’Église. De ce fait, le mariage en soi parfaitement valide, peut leur sembler entaché d’irrégularité canonique. Cela aboutit dans de nombreux cas à des tensions familiales, à des divisions amicales, voire à un refus d’assister au mariage. Ce qui, dans certains cas, s’avère dramatique. Bien entendu, il n’est pas question d’en tenir compte si cela devait détourner les futurs époux de contracter un mariage selon le rite traditionnel et la doctrine traditionnelle. Mais s’il est possible, pour un mariage pleinement conforme à la Tradition, de bénéficier, sans aucune contrepartie mauvaise, de l’aval canonique des autorités, c’est sans aucun doute un bienfait spirituel que de rassurer par là les consciences timorées des parents ou des amis des futurs époux.

20. Le troisième avantage serait de pouvoir réaliser plus facilement des mariages dans le rite traditionnel, en écartant un obstacle pour les fidèles plus timorés. Des futurs époux qui savent que la doctrine théologique et morale des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X est de grande qualité, que le rite qu’ils emploient est le plus digne et le plus sanctifiant, sont malheureusement détournés de recourir à leur ministère par la crainte que leur mariage soit douteusement valide. Que le fondement de cette crainte soit faux (les mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont valides) n’empêche pas cette crainte d’exister, en raison de tout ce qui se dit, des déclarations des « autorités » ecclésiastiques, de l’ignorance des fidèles et de leur incompréhension des subtilités du droit canonique, etc. Or, si ces fidèles pouvaient bénéficier d’un mariage parfaitement conforme à la Tradition, ce serait un grand bien pour eux-mêmes, pour leur foyer, pour leurs familles et leurs amis, et pour toute l’Église.

 

Conclusion.

21. La crise de l’Église étant plus que jamais forte, donc le grave état de nécessité qui en découle étant toujours réel, le recours à la juridiction de suppléance reste toujours parfaitement légitime. Avec cela, il ne serait pas raisonnable de nier que des raisons objectives, et au premier chef le souci de sécuriser les mariages célébrés dans la Fraternité Saint-Pie X, peuvent inciter à user de la juridiction ordinaire concédée par Rome, chaque fois que cela sera possible sans danger grave et sans contrepartie mauvaise.

22. Cependant, un fait reste absolument essentiel : les conditions posées par la Lettre du cardinal Müller ne correspondent pas à la requête formulée par Monseigneur Fellay, qui souhaitait que l’on fasse pleine justice à la Fraternité en reconnaissant la validité de ses mariages. Celle-ci continue de faire reposer toute sa pastorale sur l’état de nécessité et le principe de la juridiction de suppléance. Les évêques de l’Eglise officielle ont la possibilité de reconnaître, s’ils le veulent, le bien-fondé de cette opération survie de la Tradition, et de mettre ainsi un terme à une grave injustice qui n’a que trop duré. Mais s’ils s’y refusent, cela ne change rien à la légitimité de l’action menée par la Fraternité.

23. Quant à savoir comment procéder en pratique, pour réagir face à l’octroi de ces faveurs, il faudra recourir aux Supérieurs qui donneront les directives à suivre.

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