L’Église et l’Apostasie – 2 – Du Lefebvrisme

Nous voici maintenant dans la deuxième partie du livre de l’abbé Olivier Rioult L’Église et l’Apostasie que vous pouvez vous procurer à l’adresse suivante : Editions Saint-Agobard. Il est bien évident que le petit aperçu donné ici a pour but uniquement de vous encourager à vous procurer et à lire le livre en question qui est bien plus détaillé que cette petite analyse.

Nous aimerions souligner que cette analyse n’est pas une étude officielle de l’ouvrage. Elle comprend d’ailleurs des réflexions qui ne se trouvent pas explicitement dans l’ouvrage. Ceci est dû au fait que L’Église et l’Apostasie ouvre bien des pistes de réflexions.

Pour les références exactes des citations de Mgr Lefebvre, prière de se reporter au livre lui-même.

Canada Fidèle

 

24-thickbox_default

À se procurer en France pour 20 euros ou en utilisant l’onglet contact de ce site pour 30$ + port

 

Dans la deuxième partie de son livre, l’abbé Rioult traite de la question du Lefebvrisme. Question délicate, s’il en est. On a souvent dit qu’il serait plus facile de traiter de la question du Concile Vatican II après la mort de ceux qui l’ont fait. Nous ne souhaitons pas, loin de là, la mort de ceux qui ont côtoyé Mgr Lefebvre, mais il est évident qu’il sera plus facile dans le futur de porter un regard critique (dans le bon sens du mot) sur sa personne et son œuvre. Quoiqu’il en soit, l’abbé Rioult le fait avec courage, unissant la vérité à un grand respect pour l’archevêque.

Un fait incontestable

L’auteur commence par établir un fait incontestable : tous les grands théologiens de l’Église ont eu leurs limites et ont quelquefois fait fausse route, montrant ainsi qu’ils étaient revêtus de l’humaine fragilité. Saint Thomas lui-même n’échappe pas à cette règle, et il est établi aujourd’hui que certaines de ses assertions se sont révélées erronées avec le développement subséquent du magistère de l’Église. Cela n’enlève rien à la grandeur de son œuvre théologique. Au contraire, «l’exception confirme la règle», et ces quelques erreurs ne peuvent qu’attirer notre attention sur la grande orthodoxie du «bœuf muet».

Mgr Lefebvre, qui fut encore davantage un pasteur qu’un théologien, n’échappe pas non plus à cette règle. Ayant eu à conduire une partie non négligeable du petit reste du troupeau pendant une période extrêmement ténébreuse, il est normal qu’il ait connu ses moments d’hésitation et d’incertitude, qu’il ait lui-même buté contre le mystère d’iniquité. Refusant  le lefebvrisme, «qui voudrait occulter certaines insuffisances, inconséquences ou erreurs chez Mgr Lefebvre», l’abbé Rioult braque pour un instant les projecteurs sur l’évolution qu’a connue Mgr Lefebvre sur trois sujets principaux : sur l’accord avec Rome qui favorise l’hérésie; sur la messe bâtarde qui favorise l’hérésie et enfin sur le pape qui favorise l’hérésie.

 

La question de l’accord avec Rome qui favorise l’hérésie chez Mgr Lefebvre

D’abord la question de l’accord avec Rome qui favorise l’hérésie. Pour résumer la position de Mgr Lefebvre sur ce problème, deux mots suffisent : ni hérétiques, ni schismatiques. L’évêque de fer ne pouvait accepter les nouveautés de Vatican II, la nouvelle religion d’Assise, bref la Rome de tendance néo-moderniste et néo-libérale.

D’un autre côté, comment un homme si profondément romain que Mgr Lefebvre pouvait-il vivre paisiblement une rupture avec Rome? En raison de ces deux points de vue rendus contradictoires par le fait d’une Rome apostate, Mgr Lefebvre aura de nombreuses hésitations et cherchera plusieurs fois un terrain d’entente, comme l’abbé Rioult le met en lumière dans son livre. «Or c’est un fait que Mgr Lefebvre n’est sorti de cette tentation – de chercher une reconnaissance – qu’après les sacres de 1988» conclue-t-il, citant ensuite l’aveu de Mgr Lefebvre lui-même en 1991 : «Aussi maintenant, à ceux qui viennent me dire : il faut vous entendre avec Rome, je crois pouvoir dire que je suis allé plus loin même que je n’aurais dû aller.» D’où cette fameuse phrase de son Itinéraire Spirituel, qui est en quelque sorte son testament à ses fils et que Mgr Fellay et autres accordéonistes feraient bien de méditer : «C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette église conciliaire tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du Magistère de l’Église et de la Foi catholique.»

 

La question de la messe bâtarde qui favorise l’hérésie chez Mgr Lefebvre

En ce qui concerne l’évolution de Mgr Lefebvre «sur la messe bâtarde qui favorise l’hérésie», les faits sont là pour montrer que certains, comme le Père Calmel, Mgr De Castro Mayer, etc., en sont venus bien plus rapidement que Mgr Lefebvre à la conclusion que l’assistance à la messe de Paul VI n’est pas une option envisageable pour un catholique fidèle. «En résumé, [pour Mgr Lefebvre] de 1969 à 1975 il était obligatoire d’assister, dans certains cas, à la nouvelle messe sous peine de péché. De 1975 à 1981, il était licite de ne pas assister à la nouvelle messe, comme d’y assister. A partir de 1981, il est illicite d’y assister sous peine de péché. Il aura fallu plus de dix ans à Mgr Lefebvre pour conclure catégoriquement comme Mgr de Castro Mayer.» «Ceci est la constatation d’un fait, non un reproche», insiste l’auteur. La raison de cette lente évolution vers la fermeté est à chercher dans les paroles mêmes de Mgr à l’abbé Coache : «Vous me trouverez trop prudent. Mais c’est l’affection que je porte à cette jeunesse cléricale qui me convie à l’être. Je dois m’étendre et essayer d’avoir le droit pontifical.» L’amour des âmes est en effet difficile à concilier avec le fait qu’en cette époque de ténèbres, bien des âmes se trouvent écartées du bien par le mystère d’iniquité. Il faut choisir : accepter d’être le petit nombre ou compromettre notre foi. Combien de fois depuis, cette tentation n’est-elle pas revenue frapper à la porte des héritiers du grand archevêque?

 

La question du pape favorisant l’hérésie chez Mgr Lefebvre

Le pape favorisant l’hérésie. L’abbé Rioult distingue quatre phases : de 1974 à 1976, il y a guerre ouverte entre Écône et le Vatican. En 1977 et 1978, Mgr Lefebvre cède à un certain pragmatisme et bien qu’il «concède théoriquement l’hypothèse de la déchéance du pape incluant la vacance formelle du siège mais n’y adhère pas», il préfère se contenter de refuser le poison qu’on lui offre sans s’interroger sur la main qui le lui tend. En 1979, c’est le fameux piège romain qui n’est pas encore complètement désamorcé aujourd’hui : faire l’expérience de la Tradition. Piège qui consiste à demander aux ennemis de la Tradition d’accorder certains droits à la Tradition. Mgr Lefebvre ne sortira pas de ce piège avant l’acte éminemment libérateur de juin 1988. Durant toute cette période, dans plusieurs de ses paroles, on sent un Mgr Lefebvre déchiré. Les sacres de 1988 le libèrent du piège qu’on lui a tendu, ce qui fait dire à Mgr Williamson que «le vrai Mgr Lefebvre, on le trouve dans un acte : les sacres de 1988.»

 

Mgr Lefebvre après 1988

Après 1988, Mgr Lefebvre est plus solide et plus paisible que jamais. En cas d’accord avec Rome, c’est lui qui posera les conditions, et elles sont claires : le retour de Rome au Magistère antérieur de l’Église et à la vraie foi catholique.

Quant à la question du pape, Mgr Lefebvre évite de trancher cette question épineuse, admettant avec raison que le sédévacantisme ouvre la porte à plus de problème qu’il n’en résout : «Évitant même de nous poser la question sur ce qu’ils sont, nous sommes bien obligés de nous poser des questions sur ce qu’ils font et de constater avec stupeur que ces papes introduisent la Révolution de 89 dans l’Église». «La solution du sédévacantisme n’est pas une solution : cela pose quantité de problèmes.» Par contre, une chose est claire pour le fondateur de la Fraternité : «Cette nouvelle religion n’est pas la religion catholique; elle est stérile, incapable de sanctifier la famille.»

 

Après la mort du fondateur de la Fraternité

La mort de Mgr Lefebvre sera suivie d’une lente corruption du combat de Mgr Lefebvre. L’abbé Rioult en donne les grandes étapes : l’affichage obligatoire d’une photo de ceux que Mgr Lefebvre appelait des «antichrists» dans toutes les sacristies des chapelles de la Fraternité un mois seulement après la mort de son fondateur, l’acceptation progressive du code de 1983, le GREC de l’abbé Lorans, le pèlerinage romain de 2000, la décision de 2005 de «procéder par étapes», le chapitre de 2006 et ses faux obstacles, le Motu Proprio de 2007, la levée des «excommunications» de 2009, les discussions doctrinales qui s’ensuivent et enfin le chapitre de 2012 où la «trahison pure et simple» se montre au grand jour. En 2013, tout est prêt, mais Mgr Fellay lui-même admet qu’il faudra probablement attendre le prochain pape. La situation doit mûrir, en particulier dans la Fraternité.

 

Une incohérence ancienne

L’abbé Rioult conclue ce chapitre magistral de son livre en montrant que l’incohérence n’est pas le fait de Mgr Fellay uniquement. Il s’agit d’une incohérence qui a toujours languit dans le sein de la Fraternité et qui est dûe au fait que Mgr Lefebvre n’a jamais pu ou voulu trancher la question des papes favorisant l’hérésie de façon théorique. Ce n’était peut-être pas ce que le bon Dieu attendait de lui. Toujours est-il qu’il s’est contenté de nous «faire survivre loin de l’église conciliaire» dans la pratique. Tout a été mis en place par Mgr pour que nous survivions sans Rome.

Dans la pratique donc, Mgr admettait qu’il était impossible de se soumettre aux autorités de l’église conciliaire et qu’il fallait faire comme si elle n’existait pas.

Dans la théorie par contre, de telles conclusions lui paraissaient si lourdes de conséquences, qu’il préférait suspendre son jugement. Mgr Lefebvre faisait ainsi lui-même partie de ces catholiques qui sont perplexes devant la situation inouïe de la Sainte Église. Comment le lui reprocher?

Sur les trois problèmes mentionnés plus haut, un seul a été tranché de façon claire et définitive : le problème de la nouvelle messe. Quant aux deux autres problèmes : l’accord avec Rome a été tranché, mais comme il est en étroite dépendance avec le dernier point (la légitimité des autorités de l’Église officielle), ce problème d’un accord avec Rome demeure un danger constant pour la Tradition, l’histoire le prouve abondamment.

Quand Rome par la bouche du Cardinal Seper lui posera franchement des questions, Mgr Lefebvre est mis au pied du mur et doit avouer qu’il n’a pas de réponses. «Soutenez-vous qu’un fidèle catholique peut penser et affirmer qu’un rite sacramentel, en particulier celui de la Messe, approuvé et promulgué par le Souverain Pontife, puisse ne pas être conforme à la foi catholique ou «favens haeresim»? Mgr Lefebvre répondit de façon évasive : «Ce rite en soi et par soi ne professe pas la foi catholique avec la même clarté que celui de l’ancien Ordo Missae, il peut donc favoriser l’hérésie. Mais je ne sais pas à qui l’attribuer, et je ne sais pas même si le Pape en est responsable.» Mgr Lefebvre sait bien qu’un rite liturgique approuvé par le Souverain Pontife est protégé par l’assistance promise à Pierre. En même temps, il n’a pas d’autre choix que de constater l’hétérodoxie de la nouvelle messe. Il est perplexe. Cela nous aide à mesurer les souffrances morales qui ont déchiré Mgr Lefebvre. À une époque de la Tradition et de la «Résistance» où il n’est plus permis d’être perplexe, mais où l’on doit au contraire avoir pris des décisions claires sur chacun des problèmes qui se présentent à nos yeux, certains feraient bien de considérer la perplexité de Mgr Lefebvre lui-même devant la passion de l’Église.

Devant ses séminaristes, Mgr se gêne moins : «Alors, quel est ce pape?… Moi, je ne sais plus quoi vous dire, vraiment… je ne sais pas… Mais en tout cas il est inspiré par le diable quand il fait ça… Il n’est pas inspiré par l’Esprit-Saint, ce n’est pas possible… Il est inspiré par le diable, au service de la Maçonnerie, c’est évident. La Maçonnerie a toujours rêvé de ça : la réunion de toutes les religions.»

 

Conclusion

L’abbé Rioult conclue en montrant que Mgr Lefebvre n’a jamais tranché la question romaine de façon théorique, mais s’est comporté de façon pratique comme s’il faisait face à une absence d’autorité à Rome. L’abbé pose même la question de savoir si cette position est au fond si différente de celle de Mgr des Lauriers «du pape materialiter qui ne l’est plus formaliter.» Les historiens en jugeront.

Pour calmer quiconque pourrait reprocher à l’abbé Rioult d’avoir osé mettre en lumière un sujet si tabou, laissons-le parler de lui-même et donner sa conclusion :

«Mgr Lefebvre a eu la grâce de garder la foi et de protéger celle de nombreux fidèles. Il a eu le courage de nous faire survivre en sacrant des évêques… Nous lui en sommes redevables. Mais il n’a pas eu la mission de résoudre la crise de l’Église, ni d’empêcher la révolution conciliaire. On ne peut l’en rendre responsable, ni être assez ignorant ou injuste pour ne pas comprendre ses hésitations et ses faiblesses :

«C’est un mystère, un mystère inconcevable, invraisemblable. Mais il y a sûrement une clé à ce mystère. Quand le saurons-nous, quand la verrons-nous?…» (Mgr Lefebvre)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s