Un an aussi…

Lettre ouverte de l’abbé Nicolas Pinaud à l’abbé Olivier Berteaux,

prêtre de la Fraternité sacerdotale saint Pie X

Assistant du Supérieur du District du Canada

Directeur de l’École Saint-Famille à Lévis (Québec)

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Abbé Nicolas Pinadu, USML

30 avril 2016

   ‘Le monde est pourri à force de silence’ Ste Catherine de Sienne

 

Monsieur l’abbé,

À Lévis, le dimanche 24 avril 2016, vous avez fait une mise au point, en réaction à l’homélie prononcée le dimanche précédent à Montréal par l’abbé Pierre Roy.

À une époque où il n’est plus possible d’éternuer discrètement, vous n’êtes sans doute pas étonné que ces deux interventions se retrouvent sur internet ? Ce qui m’a permis d’en prendre connaissance.

Ce que vous y affirmez est tellement erroné qu’il me paraît nécessaire de vous en faire part au moyen de cette lettre ouverte que pourront lire les fidèles que vous trompez.

D’abord l’homélie de l’abbé Pierre Roy :

Malgré la jeunesse du prédicateur, sa maîtrise et la sérénité de son discours m’impressionnent. Pas un mot n’est à retrancher et cette intervention me paraît d’autant plus courageuse qu’elle survient après la parution du dernier Cor Unum dans lequel Mgr Fellay écrit : « Nous assistons, Dieu merci de manière limitée, à ce pénible spectacle de prêtres, qui se veulent contre-révolutionnaires, mais qui n’hésitent pourtant pas à agir, à publier leurs opinions, comme si les supérieurs n’existaient plus. »

Après un commentaire simple et clair de la dernière Exhortation apostolique que l’abbé Roy qualifie légitimement d’apostate, il continue – ce qui vous remplit d’émotion – : « J’ai gardé le silence jusqu’à présent, mais je suis vraiment inquiet de ce qui se passe entre la tête de notre Fraternité et la Rome apostate. Vous le savez, de plus en plus, la volonté est exprimée de façon de plus en plus claire dans la Fraternité, de vouloir réussir à s’arranger avec ces gens. De vouloir au minimum recevoir de leur part une approbation, que ces gens puissent nous déclarer catholiques. …

Oui, je suis très inquiet qu’on puisse en arriver à penser que nous pouvons nous accorder avec ces gens-là, que nous pouvons nous établir sur le même fondement sur lequel sont établis ces gens. …

Oui, je suis inquiet. Beaucoup de prêtres, comme moi, sont inquiets. Si nous avons jusqu’à présent gardé le silence, c’est toujours dans cette espérance que ces chefs qui nous dirigent en ce moment puissent trouver le chemin, puissent retrouver la lumière. »

 

L’abbé Roy est un prêtre inquiet. Il n’est pas le seul dans la Fraternité saint Pie X. Il l’a confié à ses fidèles dont certains ne sont pas plus rassurés que lui. Vous le savez.

Cette inquiétude, qui provoque votre colère, est-elle surprenante ? Je ne le pense pas. Il suffit de se souvenir de l’avertissement de Mgr de Galaretta à Albano le 11 octobre 2011 :

« Pour le bien de la Fraternité et de la Tradition, il faut refermer au plus vite la « boîte de pandore », afin d’éviter le discrédit et la démolition de l’autorité, des contestations, des discordes et des divisions, peut-être sans retour ».

Nous y sommes.

 

Mgr Fellay lui-même n’ignore pas cette inquiétude qu’il qualifie de « méfiance » dans le Cor Unum de mars 2016 :

« …Cette méfiance, nous la constatons malheureusement chez un certain nombre  – assez réduit, il est vrai -, de nos propres membres, non seulement envers les autorités de l’Église officielle, mais aussi envers leurs propres supérieurs ! »

Est-il si inconvenant d’être méfiant envers les autorités de l’Église officielle ?! L’abbé Roy serait de ce nombre et quelques autres !

 

Mgr Fellay s’interroge sur l’origine de cette méfiance :

 « Il nous semble que souvent ces attitudes, un peu désespérées, proviennent de blessures personnelles, de frustrations, de déceptions par rapport aux supérieurs…

« Nous estimons donc qu’une partie du malaise que certains éprouvent ne provient pas immédiatement de la situation déplorable et incertaine dans laquelle se trouvent la société civile et l’Église, mais de ce manque de proximité ou de facilité d’un contact fréquent entre les supérieurs… »

N’ayant jamais eu le moindre contact avec l’abbé Pierre Roy, j’ignore les « frustrations personnelles qui l’auraient plongé dans cette attitude désespérée » ! … par contre il ne peut souffrir de l’éloignement de son supérieur, puisqu’ils vivent tous deux dans la même maison, où l’abbé Roy assume la fonction de directeur de la publication du bulletin du District. Ordinairement, ce n’est pas une fonction qu’un supérieur confie au premier-venu…

 

Les causes semblent donc ailleurs… mais l’enquête-pilote lancée par le Supérieur Général devrait pouvoir fournir des réponses sans tarder !!

Nous lisons en effet dans le même Cor Unum :

« Nous avons commencé à lancer une enquête-pilote auprès d’un certain nombre de confrères, leur demandant, tout en leur garantissant l’anonymat, leur avis sur la situation à divers niveaux d’opération. »

Si Menzingen me faisait parvenir cette enquête-pilote, peut-être pourrais-je faire profiter la FSSPX de mon expérience et apporter mon témoignage en ce qui concerne les «garanties d’anonymat » !

 

Votre réaction du 24 avril dernier.

Le dimanche suivant, vous avez fait une mise au point de 17 minutes. Pour donner à vos propos l’illusion de la sagesse, vous prenez l’attitude d’un grognard de la garde impériale à la voix théâtrale. Mais j’ose espérer que vos paroles ont outrepassé votre pensée, parce que vous avez énoncé beaucoup de niaiseries !

Comment pouvez-vous affirmer que « la Fraternité est un bien infiniment (!) précieux et que le cadeau qu’elle nous apporte, avant même la Messe, les Sacrements, le Catéchisme, c’est l’AUTORITÉ » ?

Ne voyez vous pas les conséquences épouvantables de ce primat de l’autorité sur la vérité ? Ce primat ne légitime-t-il pas toutes les idéologies totalitaires que nous connaissons ?

 

Vous martelez à plusieurs reprises que « ce principe de l’autorité est intangible. Ce principe disparu, c’est la mort et le chaos. »

N’êtes-vous pas en train de faire le procès de Mgr Lefebvre ? Niez-vous qu’il a refusé de se soumettre à l’autorité légitime ?

À vous écouter, Mgr Lefebvre serait la cause de notre situation. S’il n’avait pas désobéi, tout n’irait-il pas mieux dans le meilleur des mondes ?

Dès le commencement, votre mise au point est donc fondée sur une erreur ! Ensuite le vocabulaire militaire que vous employez pour vous donner un peu de consistance trahit une émotion mal maîtrisée qui prête à rire.

 

Quelques-unes de vos formules :

C’est la guerre et dans la guerre les lois changent – Lorsqu’il y a mutinerie, ce sont les lois martiales – C’est un tribunal d’exception – Il faut trancher dans le vif – On fusille sur le champ – Dans la garde impériale certains soldats vont jusqu’à donner leur vie pour l’empereur…

L’empereur est-ce Mgr Fellay ? Vous apprêtez-vous à mourir pour lui ?

Être un grand soldat consiste-t-il toujours à servir le Général ?

Le Lieutenant Degueldre qui disait : « Je préfère une désobéissance qui me coûte la vie plutôt qu’une obéissance qui me coûte l’honneur », ne fut-il pas un grand soldat ?

Le Colonel Bastien-Thiry n’est-il pas un bel exemple de héros chrétien ? Il est mort fusillé pour s’être rebellé contre la politique d’un chef félon. C’était glorieux et l’honneur de la France en était relevé.

Les Maréchaux du IIIème Reich, par contre, ont exécuté fidèlement les ordres reçus de l’autorité légitime. Certains d’entre eux ont fondé leur défense sur cette soumission à l’autorité légitime. Ils ont été pendus.

 

« Si on a pas un moral d’acier, dites-vous, si on n’est pas décidé à livrer un combat jusqu’au bout, nous sommes morts et nous ne sommes pas dignes de servir l’Église. »

Digne de servir quelle église par quel combat ? Celle qui jubile pour les 50 ans de la clôture de Vatican II ? Votre participation à l’année de la Miséricorde est-elle une manifestation de « votre morale d’acier »  ?

 

Voici encore quelques échantillons de votre mauvaise mise au point :

« La résistance c’est la subversion  – la perte de confiance dans ses supérieurs c’est la mort… – Si les supérieurs n’ont plus la possibilité d’être souples, félins, manœuvriers, nous sommes morts, nous n’avons plus de raison d’exister… – un peu de bon sens – je crains qu’on étale sa lâcheté… – Il va falloir qu’on fasse le ménage là-dedans… – il faut aller au front, au corps à corps – porter des coups, il faut prendre les armes… – Il faut tout risquer pour l’Église… – l’exemple des zouaves pontificaux… –  J’en appelle à l’honneur, j’en appelle à la loyauté, au bon sens tout simplement…»

Vous donnez vraiment l’impression d’être en plein délire.

 

Mais puisque vous qualifiez la Résistance de subversion. Venons-y. L’abbé Quilton l’a fait avant vous lors de mon procès. Il s’appuyait sur saint Thomas IIa IIæ q. 42 a. 2. Ça fait toujours sérieux de citer saint Thomas surtout quand on est professeur de séminaire ! Mais il ne suffit pas de le citer, encore faut-il le comprendre. Je lui ai démontré qu’il n’avait pas su appliquer sa citation à la situation présente. Il ne m’a pas contredit et je n’ai plus entendu parler de subversion.

Si vous souhaitez avoir une idée précise sur cette notion de subversion que vous invoquez, lisez les pages 247 à 255 des Actes de mon procès. Ça ne semble pas un effort surhumain. Après cela, vous n’affirmerez plus : « Certains ont pris leur responsabilité, ils se sont fait éjecter de la Fraternité, c’est dans l’ordre des choses. Ah ! les moyens employés n’ont pas été bons ? Encore une fois sur le front quant il y a trahison, il y a tribunal d’exception et on fusille. Ne jouons pas avec l’autorité. »

 

Vous affirmez pour impressionner vos fidèles mais cela ne prouve nullement la véracité de vos paroles.

Quand vous parlez de « montez au front,… de corps à corps,… de porter des coups,… de prendre les armes… » pensez-vous à la rencontre cordiale de Mgr Fellay avec François le 1er avril dernier ?!

 

« Vous en appelez à l’honneur… » l’honneur de servir Mgr Fellay ? l’honneur de servir l’autorité avant la Messe, les Sacrements et le Catéchisme ?

Votre jeune confrère en appelait à l’honneur de servir le Christ-Roi, c’est autre chose ! Et lorsque vous parlez de « faire le ménage là-dedans, » de quoi parlez-vous ? De Rome ? Est-ce bien cohérent pour qui n’a qu’un unique principe : le respect intangible de l’autorité ? Soyez conséquent avec vous-même !

 

Vous rappelez le souvenir glorieux des Zouaves. Oubliez-vous que le Pape de l’époque ne s’appelait pas François mais Pie IX ?

 

À la fin de votre mise au point, vous ne pouvez tout de même pas éviter une allusion à l’objection qui doit vous siffler souvent aux oreilles : ce danger que représente une approbation de la Rome moderniste.

Votre réponse est toujours la même, il n’y en a qu’une, toujours aussi consternante :

« De toute façon on ne peut pas faire l’économie de l’autorité – Gardons indéfectiblement confiance dans nos chefs – Tout nous dit que le premier principe de l’autorité est le principe qu’il faut défendre sinon il n’y aurait plus la Messe. »

Pour quelle trahison l’abbé Aulagnier a-t-il donc été éjecté de la Fraternité ? Celle que vous envisagez par soumission ? Celle que souhaite l’abbé Schmidberger dans sa note du 19 février dernier ?

 

Évidemment votre mise au point ne comporte pas un seul mot sur le fond du problème. Vous portez des accusations de lâcheté alors que vous êtes confortablement installé dans votre formule obsessionnelle : Autorité-obéissance !

Je doute fort que vous soyez destinataire du formulaire de l’enquête-pilote !

Votre mise au point manifeste-t-elle l’âme d’un soldat ou celle d’un petit valet ?

 

En tout cas, laissez-moi vous dire, Monsieur l’abbé : ce que vous avez fait dimanche à Lévis, c’est ben niaiseux !

 

Abbé Nicolas Pinaud, USML

 

Abbé Nicolas Pinaud

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