L’infaillibilité du Souverain Pontife – 3

 

III – QUE DOIT-ON ENTENDRE PAR INFAILLIBILITÉ EN MATIÈRE DE FOI ET DE MŒURS?

Je voudrais maintenant savoir d’une manière plus précise quelles sont les matières dans lesquelles le Pape est infaillible ?

Je vous l’ai déjà dit : il est infaillible dans les matières qui concernent la foi et les mœurs; de même qu’on a toujours dit que l’Eglise est infaillible dans l’enseignement de la foi et de la morale, ainsi en est-il du Pape.

 

Fort bien; mais avec ces mots de la foi et de la morale, dont la signification est si étendue, ne risque-t-on pas d’élargir l’Infaillibilité du Pape et de l’Eglise et de la faire sortir de la sphère qui lui est propre ?

Cette assistance même du Saint-Esprit qui produit l’Infaillibilité, fait aussi qu’elle ne peut jamais sortir de sa sphère, ce qui serait la plus grossière des erreurs. Quelle infaillibilité que celle qui se méprendrait au point de décider plus qu’elle ne doit ! Quel docteur infaillible que celui qui ne saurait point discerner les sujets de sa compétence de ceux qui lui échappent, ou qui, le sachant, s’arrogerait une autorité infaillible qu’il n’a pas !

L’enseignement de l’Église s’est toujours maintenu dans les limites de la foi et de la morale : ici le fait ne saurait jamais être opposé au droit.

 

concilevaticani

Le premier concile du Vatican

Eh bien ! voyons comment, par le fait, l’Eglise et le Pape ont exercé cette autorité divine dans leur enseignement.

Ils ont embrassé dans leur enseignement tout ce qui se rapporte aux choses que nous devons croire ou pratiquer pour parvenir au salut éternel. Avant tout, les articles de foi expressément révélés; puis les vérités plus ou moins liées à la foi et à la morale chrétienne et par suite au salut éternel. Ainsi donc, en fait comme en droit, il appartient à l’autorité doctrinale de l’Eglise ou du Pape (ce qui est tout un) de condamner non seulement les hérésies déclarées, mais aussi les erreurs qui, de plus ou moins près, touchent à la foi et à la morale; par conséquent de condamner des livres, des propositions, des opinions qui se donnent pour scientifiques, des maximes d’éducation, des principes politiques qui sont en opposition avec la foi ou la morale; de réprouver certaines sectes ou sociétés comme illicites ou immorales, et d’approuver au contraire comme pieux et bons les ordres religieux; de juger de la vérité des vertus et de canoniser les saints; d’admettre ou de rejeter certaines doctrines qui regardent le bien général, les droits et la discipline de l’Eglise de Jésus-Christ. Tout cela se lie à la foi et à la morale et tombe par conséquent sous l’Infaillibilité de l’Eglise ou du Pape.

 

Mais ceci est vraiment excessif ! … Et qui donc explique de la sorte l’Infaillibilité dans les doctrines relatives à la foi et aux mœurs?

L’Eglise elle-même par ses actes. Est-il vrai, oui ou non, que l’Eglise, que les Papes se sont crus autorisés à porter sur tous ces sujets un jugement d’une infaillible vérité, et conséquemment une sentence irréfragable, qui exige l’assentiment de tous les fidèles ? Si le Pape a défini quelque chose, en sa qualité de maître universel de l’Eglise, le Pape a parlé avec l’assistance spéciale du Saint-Esprit; donc il n’a pas excédé les limites de son autorité; donc les points qu’il a définis, ont tous quelque connexion avec les vérités révélées,  avec la foi ou la morale.

 

Mais si quelqu’un ne la voit pas cette connexion ?

Si quelqu’un ne la voit pas cette relation si facile à voir, qu’il s’en prenne à la faiblesse de son jugement et non au Pape. Autrement il faudrait en faire retomber la faute sur le Saint-Esprit, qui n’aurait pas su l’assister. Au lieu donc de dire que le Pape parle de ce qui ne le regarde pas, qu’iI prenne garde lui-même de parler de ce qu’il ignore. Que d’ignorants de nos jours parlent théologie en prétendant faire la leçon au Pape !

 

Il semble toutefois que le Pape veuille s’avancer sur le libre terrain de la science et de la raison; est-ce qu’alors il ne serait pas exposé à faire fausse route et à tomber dans l’erreur?

Ce sont bien plutôt la science et la raison qui pénètrent dans le domaine de la religion, de la foi, de la morale, et se heurtent à quelques-uns de ses dogmes. Alors l’Eglise et le Pape crient : « Arrière, imprudents, reculez, téméraires!  » Et ainsi, quand le Pape condamne quelques erreurs de la raison et de la prétendue science, il demeure toujours à son poste sur le terrain de la Religion.

 

Que direz- vous quand le Pape, sous le prétexte de son infaillibilité, voudra entrer jusque dans la politique ? Est- ce que la politique n’est pas indépendante ?

Indépendante même de Dieu, de la morale, de la justice ? Quelle belle politique ce serait là ! Le Pape, ainsi qu’aux particuliers, a le droit d’enseigner la morale aux nations et aux gouvernements, de condamner les faux principes, même en politique, et aussi les maximes erronées de nos sociétés modernes, quand cela touche à la religion, c’est-à-dire, comme nous l’avons répété si souvent, à la foi et à la morale.

 

Et alors, avec cette infaillibilité, le Pape pourra quelque jour porter une sentence de déposition contre un souverain excommunié, délier ses sujets du serment de fidélité, et nous ramener en plein moyen âge ?

Qu’ a à faire l’infaillibilité avec la déposition des souverains ? C’est l’autorité qui était en jeu et non l’Infaillibilité, lorsque certains actes spirituels du Pape (l’excommunication par exemple) produisaient des effets spirituels et politiques admis et reconnus par les princes et les peuples, et passés dans le droit public des nations chrétiennes, l’Infaillibilité n’y entrait pour rien.

Autre chose est l’Infaillibilité, ou si, vous le préférez, l’autorité dans l’enseignement, autre chose est l’autorité suprême dans le gouvernement. L’Infaillibilité est toujours la même; l’autorité, bien qu’au fond toujours la même aussi, dans ses applications, dans son extension aux effets civils et politiques, dans son mode, dans ses formes, dépend des circonstances et des temps.

Ceux-là donc, qui soulèvent ces difficultés politiques contre l’Infaillibilité, confondent des choses et des temps différents; et ils le font à dessein pour embrouiller la question et rendre ainsi l’Infaillibilité odieuse à la société moderne. Mais la société peut être tranquille: les Papes de nos jours ne songent pas à déposer les souverains… Ce sont les sociétés secrètes et les révolutions qui s’en chargent, à l’aide de ce qu’elles appellent la souveraineté du peuple. Ne sortons donc pas de la question : cela nous entraînerait trop loin. À vrai dire, après le catéchisme sur l’Infaillibilité, c’est tout un catéchisme encore qu’il nous faudrait sur l’autorité du Pape, au sujet de laquelle on a, de nos jours, tant et tant déraisonné.

 

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