Mgr de Laval et la dévotion à la Sainte Famille

 

 

En cette fête de la Sainte Famille, voici un petit résumé de la dévotion de Mgr François de Montmorency-Laval, par l’abbé Jacques Lemieux, ancien supérieur du Séminaire de Québec. Le dernier paragraphe montre l’esprit anthropocentrique de Vatican II, mais le texte dans son ensemble est très intéressant.

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La dévotion à la Sainte Famille s’est implantée très tôt en Nouvelle-France. En faisant l’historique de cette dévotion à travers le monde, le Pape Léon XIII le mentionnait très clairement dans le bref du 14 juin 1892 établissant l’Association universelle de la Sainte Famille.

Ce culte a été en grand honneur dès le XVIIe siècle, et, après s’être large­ment propagé en France et en Belgique, il s’est répandu dans presque toute l’Europe. Franchissant ensuite la vaste étendue de l’Océan, il s’est implanté en Amérique, dans la région du Canada, où il devient florissant, grâce principalement à la sollicitude et à l’activité du vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, et de la vénérable servante de Dieu Marguerite Bourgeoys. Sa Sainteté Léon XIII

À ces deux noms cités par le Pape Léon XIII, il convient d’ajouter deux autres noms, celui du Père Joseph Chaumonot, jésuite, et celui de dame Barbe Boulogne, veuve de l’ancien gouverneur Louis d’Ailleboust.

C’est au cours de ses années de forma­tion que François de Laval, pour sa part, a vu grandir sa dévotion à la Sainte Famille. Avant sa nomination comme vicaire apostolique en Nouvelle-France, il avait été l’élève des Jésuites et il avait séjourné à l’Ermitage de Caen où Jean de Bernières de Louvigny, un laïc, maître en spiritualité, inculquait à ses disciples la dévotion à la Sainte Famille. C’est donc déjà pénétré de cette dévo­tion qu’il quitte la France pour venir remplir sa mission en notre pays. Deux gestes qu’il pose très tôt après son arrivée le disent éloquemment. En fon­dant le Séminaire de Québec en 1663, Mgr de Laval le place sous le patronage de la Sainte Famille. De même, la plus ancienne paroisse de l’île d’Orléans, une des toutes premières fondées par l’évêque de Pétrée (diocèse in partibus de Mgr de Laval – aujourd’hui Petra, en Jordanie), est érigée sous le vocable de la Sainte Famille.

Ici, dans la colonie, ce sont les Jésuites qui, les premiers, avaient jeté les bases de ce culte. En se rapportant aux men­tions faites à ce sujet dans les Relations, on peut comprendre que c’est le Père Joseph Chaumonot qui fut le plus ardent apôtre de cette piété. Ce religieux appa­raît intéressé par la dévotion à la Sainte Famille dès 1637.

 

Etablissement d’une première confrérie

La première confrérie de la Sainte Famille en Nouvelle-France vit le jour à Québec sous les auspices de l’évêque de Pétrée. Le projet cependant en avait été conçu à Montréal peu de temps aupara­vant.

En 1662, Mgr de Laval avait envoyé le Père Chaumonot, missionnaire des Hurons tout près de Québec, porter des secours et des vivres aux résidents de Montréal qui se trouvaient réduits à une grande misère. Le religieux y fit la connaissance de Madame d’Ailleboust, veuve d’un ancien gouverneur décédé en 1660, qui se chargea de la distribution des vivres qui lui avaient été confiés.

Préoccupés par l’avancement spirituel de tous les habitants de la colonie, le Père Chaumonot et Madame d’Ailleboust cherchaient un moyen de le favoriser. C’est alors que le modèle de la Sainte Famille s’est offert à eux. Ils eurent l’idée d’établir une société qui mettrait Jésus, Marie et Joseph sous les yeux des hommes, des femmes et des enfants de ce pays pour les inviter à imiter la vie simple et harmonieuse de la Sainte Famille de Nazareth.

Le Père Chaumonot et Madame d’Ailleboust consultèrent à ce sujet Monsieur Souart, curé de Ville-Marie, et Sœur Marguerite Bourgeoys, supérieure de la Congrégation Notre-Dame, et on décida de soumettre le projet à Mgr de Laval pour approbation. Homme prudent, Mgr de Laval voulut d’abord, avant de donner son approbation, s’as­surer qu’une telle société pourrait faire ses preuves. Il fit venir à Québec les deux instigateurs du projet pour jeter les bases de la confrérie à établir. Après avoir permis à quelques personnes de se réunir pendant un certain temps dans la maison de Madame de La Peltrie dans le but de fonder une association de la Sainte Famille, Mgr de Laval, par un mandement officiel daté du 14 mars 1664, érigea la confrérie et en précisa lui-même le sens et les objectifs.

 

Institution d’une fête de la Sainte Famille

L’érection canonique de cette confrérie fut l’occasion, l’année suivante, de l’ins­titution d’une fête de la Sainte Famille. À cette époque, il était courant de voir des évêques présenter à leurs fidèles des fêtes liturgiques qui n’étaient pas encore proposées à l’Église universelle. C’est d’abord une permission orale que Mgr de Laval donna à son clergé de célébrer la fête de la Sainte Famille d’abord à Québec même, puis, ensuite, dans tout son diocèse. Ce n’est qu’en 1684 cepen­dant, qu’un mandement épiscopal vint rendre officielle la célébration de la fête de la Sainte Famille dans le pays :

«Nous ordonnons par les présentes, proclamait alors l’évêque, que tous les ans on célébrera dans toute l’étendue de notre diocèse une fête en l’honneur de cette même Sainte Famille, qui sera de pre­mière classe avec octave, ainsi qu’il s’est pratiqué depuis plusieurs années.»

Mgr de Laval se donna beaucoup de peine pour donner à la célébration de cette fête toute la dignité désirable. Il demanda à deux prêtres du Séminaire et à deux Jésuites de composer le texte d’une messe et d’un office propres de la Sainte Famille. Leur travail fut ensuite soumis à un prêtre de Paris qui composa les hymnes. C’est l’abbé Charles-Amador Martin, deuxième prêtre ordonné à Québec, qui composa le chant de la messe et de l’office. Il faut remarquer que les textes de la messe et de l’office demeurèrent propres au diocèse de Québec jusqu’à ce que Rome propose des textes nouveaux pour la fête de la Sainte Famille étendue à l’Église uni­verselle.

 

Souci pastoral de Mgr de Laval

Mgr de Laval, qui rêvait de voir s’épanouir dans l’Église qu’il venait établir ici les mêmes vertus qu’on trou­vait dans la primitive Église, ne trouva rien de mieux pour y parvenir que d’appuyer de toute son autorité l’initia­tive du Père Chaumonot et de Madame d’Ailleboust. Sans doute Mgr de Laval proposait-il alors l’exemple de la Sainte Famille pour faire grandir dans les foyers l’amour de Dieu, la bonne entente entre les époux et le souci d’une harmonieuse éducation des enfants. Mais c’est aussi un modèle de vie sociale que Mgr de Laval invitait ses ouailles à découvrir dans la contemplation des vertus de la Sainte Famille. C’est toute la société de la Nouvelle-France à laquelle l’évêque de Québec entendait donner des modèles et des guides. Avec un souci pastoral des plus remarquables, il se préoccupait d’assurer l’éclosion des vertus sociales capables d’apporter à ce pays neuf des commencements heureux et de lui offrir des promesses de vitalité et de stabilité.

En établissant, au début de son ministère dans notre pays, la confrérie de la Sainte Famille, et en instituant pour son diocèse une fête que l’Église universelle reconnaîtrait beaucoup plus tard, Mgr de Laval révélait sa profonde connaissance de l’être humain et sa juste vision de la vie sociale. En proposant l’imitation des vertus de Jésus, Marie et Joseph à tout son peuple, il laissait découvrir la vigueur de sa foi et la générosité de son âme. Il voulait amener tous les habitants de ce pays à trouver dans l’Évangile une source d’inspiration pour tous les moments de la vie.

 

Jacques Lemieux, prêtre

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